À Vancouver, la période d’effervescence est propice à toutes sortes de commerces. L’un des plus prisés est le troc de pin’s.
Parmi les originaux qui traînent dans le centre-ville de Vancouver, vous aurez sans doute remarqué ceux qui arborent fièrement leur collection de pin’s autour du cou ou sur leur casquette vissée sur le crâne. En quête de la pièce rare, ils ont établi leurs étales au grand jour aux points stratégiques : Granville street et Canada Place.
Parmi eux, Hal Levin a ramené avec lui du Colorado deux immenses valises remplies de sa précieuse monnaie d’échange. « Ce sont mes 9e Jeux olympiques, lance-t-il fièrement, dévoilant de sa pochette secrète un pin’s de Nagano de 1998 dans son emballage original. Celui-ci, je n’en ai qu’un et je ne peux pas l’échanger, sinon il sera perdu pour toujours. Je peux par contre le vendre pour 200 dollars », concède-t-il. Hal ne perd pas le nord et compte bien faire de bonnes affaires jusqu’à la fin des Jeux. Un autre fait la grimace et s’offusque même lorsqu’on lui demande le tarif de ses pin’s. La négociation et l’échange sont en quelque sorte l’art des collectionneurs, et ils n’apprécient guère de s’abaisser aux basses manœuvres mercantiles de certains spéculateurs.
Al Falcao est l’un de ces vétérans passionnés de pin’s. Alors qu’il suit les JO depuis 1988 (12 événements en tout), il est aujourd’hui confortablement installé à la boutique olympique du magasin The Bay. Ici, les règles sont très claires : « Un pin’s, vous êtes un collectionneur. Deux ou plus, vous êtes alors un négociant. Si vous les portez, cela veut dire qu’ils sont échangeables. Vous devez vous faire connaître en les revêtant sur un gilet, une écharpe, un cordon ou un chapeau. »
Sur sa table de négociation, Al présente une centaine de pin’s des sponsors de Vancouver 2010. Il troque chacun d’eux contre un, deux, voire trois autres si la pièce à échanger est issue d’une série limitée ou a demandé plus de travail dans sa fabrication. Al se plaît parfois à les échanger juste contre un sourire.
Originaire de Toronto, il cache sa véritable collection chez lui, où les murs du sous-sol sont entièrement recouverts. « Sinon, je serais venu avec une valise beaucoup plus chargée », plaisante-t-il. Un trésor à faire pâlir ses comparses : 3 500 différentes pièces dédiées à tous les Jeux, sa plus ancienne étant un pin’s de Berlin de 1936. « À la fin de la compétition, j’en ferai don à la Ville de Vancouver pour qu’elle l’expose en collection permanente dans un musée, avoue-t-il sereinement. Mes enfants me prennent pour un fou, mais il faut bien se dire que j’ai acquis tous ces pin’s gratuitement. C’est ce qu’un vrai collectionneur devrait être capable de faire. »
Sophie de Kepper




