Jeudi 9 septembre 2010

Prochaine publication papier

Lundi 13 septembre 2010

Special JO

La prostitution en berne

La prostitution en berne

Avec les milliers de touristes en visite à Vancouver, les travailleuses du sexe pouvaient s’attendre à une activité accrue. Il semblerait qu’au centre-ville, pourtant, les plaisirs de la chair soient boudés.

« C’est moins chargé qu’à l’ordinaire », tranche immédiatement Kate Gibson, responsable du WISH Drop-In Centre, une association qui offre un lieu d’accueil et de services aux prostituées du Downtown Eastside. Les femmes n’ont visiblement pas plus de clients en cette période de festivités qu’« elles n’en auraient en plein milieu de l’été ».

Selon Kate, plusieurs raisons expliquent le phénomène. « La présence élevée des forces de l’ordre dans les quartiers réputés chauds et à proximité des lieux d’événements dissuade très certainement les clients potentiels, explique-t-elle. D’autre part, les filles ont été harcelées par la police pendant des semaines avant le commencement des JO pour débarrasser le plancher. »

Des propos confirmés par Ty Mistry, présidente de l’association Peers, qui assiste ceux et celles qui veulent s’extirper de la prostitution. « Il y a certes des touristes et de l’argent pour ceux qui travaillent « à l’intérieur » : les masseuses, les accompagnatrices de charme, ou les strip-teaseurs, débute-t-elle. Mais pour ceux et celles qui sont dans la rue, l’activité est sérieusement restreinte. » Ty avance en effet l’accès parfois limité au centre-ville et la fermeture de certaines rues et pâtés de maison, aboutissant au déplacement des prostituées dans des zones plus excentrées. Jamie-Lee Hamilton, propriétaire de l’agence de « courtisans » Queens Cross située sur Kingsway, pointe en effet une hausse des demandes tout en nuançant : « Les affaires ne sont pas très bonnes pour autant ».

Risques de trafic d’êtres humains

Future Group, une ONG canadienne, avait publié un rapport sur la prévention du trafic humain pendant les Jeux et pointé les grands événements sportifs comme étant sources d’explosion du marché du sexe. L’organisation prend pour référence la Coupe du monde de football en Allemagne en 2006 ou encore les Jeux d’Athènes en 2004, où une augmentation de 95 % de victimes de trafic d’êtres humains en vue d’exploitation sexuelle avait été recensée.

« Oui, il y a quelques filles qui viennent de Calgary en espérant se faire un peu plus d’argent, concède Ty Mistry. Mais sincèrement, les services secrets russes qui ramènent ici des petites filles pour satisfaire les riches, je n’y crois pas », lance-t-elle. L’été dernier, Sex Industry Worker Safety Group (SIWSAG), un rassemblement d’associations du Downtown Eastside, a commandé une nouvelle étude se basant sur les mêmes événements sportifs. La conclusion prenait le contre-pied de celle de Future Group, affirmant que les rassemblements sportifs et le trafic d’êtres humains n’étaient pas liés…

Toutefois, l’inquiétude se porte davantage sur la sécurité de toutes ces femmes « qui ne se sentent plus comme chez elles », décrit encore Kate Gibson. « Les Jeux nous amènent des groupes d’hommes à la mentalité « bob » : ils deviennent plutôt excités et agressifs après  une victoire bien arrosée, note Ty. Nous avons également eu un cas de viol d’une prostituée du côté de New Westminster, déplore-t-elle. Le suspect est désormais recensé sur notre liste noire ( Bad Date List). Celui-ci a environ 45 ans, portait un blouson bleu avec des anneaux olympiques, et conduisait un bus Vancouver 2010… ».

Sophie de Kepper

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem