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Vendredi 21 juin 2013

Special JO

La flamme de la pauvreté

La flamme de la pauvreté

Un collectif d’associations activistes entend bien utiliser l’attention internationale concentrée sur les Jeux olympiques pour mettre en avant les plus déshérités. Premier round dimanche dernier avec les JO de la pauvreté.

 

« Notre but est de mettre le pays dans l’embarras », lance d’emblée Wendy Pedersen du projet Carnegie Community Action, association qui milite entre autres pour la construction de logements sociaux à Vancouver. « Environ un Canadien sur cinq vit dans la pauvreté. Un rapport des Nations Unies a pointé le problème du logement au Canada comme une urgence nationale ». Vancouver, connue dans les sondages pour être l’un des meilleurs endroits du monde pour vivre, abrite aussi le quartier le plus pauvre du Canada, le Downtown Eastside.

Dans cette optique, l’association Raise the Rates propose en 2006 d’organiser les « Jeux olympiques de la pauvreté » pour « faire pression sur les trois niveaux de gouvernement : la ville, la province et le fédéral ». Suivie par un groupes d’associations dont Streams of Justice, VANDU et le projet Carnegie Community Action, les premiers JO de la pauvreté voient alors le jour le 3 février 2008 au théâtre Carnegie.

Dimanche dernier, les IIIe Jeux olympiques de la pauvreté ont donc symboliquement démarré là-bas. 200 personnes selon les autorités et 600 selon les organisateurs se sont réunies devant le bâtiment du Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU). Le cortège coloré s’est ensuite déplacé un peu plus loin en direction du Japanese Hall. « Ça fait 20 ans que je suis sans-abri », s’écriait Jack devant les caméras. « 5% de ce qu’ils ont dépensé dans les Jeux pourraient résoudre nos problèmes », ajoute une autre.

Les revendications des manifestants s’affichaient sur leurs pancartes colorées : « Des maisons où dormir plutôt que des Jeux ». Les organisateurs ont mimé l’arrivée de la flamme avant de laisser place aux discours et aux compétitions. Les fameuses mascottes détournées, Itchy the Bedbug et Chewy the Rat, ont pleuré l’absence de Creepy the Cockroach, « ramassé par la police dans la nuit alors qu’il dormait dehors ».

« 700 personnes vivent dehors dont 62 % sont des aborigènes » s’est écrié Robert Bonner, un activiste vancouvérois, membre du projet Carnegie Community Action, alors que le public reprenait à l’unisson le mot « honte » à la fin de chacune des ses phrases. « La pauvreté et le fait d’être sans-abri n’est pas un choix, une dépendance ou une maladie mentale, mais résulte du manque de logements sociaux, de minces revenus, du procédé d’embourgeoisement et d’une pauvre couverture sociale », détaille Wendy Pedersen.

« Le Canada est un pays riche mais vous ne le devineriez jamais dans le Downtown Eastside », ajoutait Robert Bonner, dénonçant les « six milliards de dollars » dépensés pour les Jeux. Un chiffre réfuté par les organisateurs des Jeux officiels et le gouvernement. Selon les anti-olympiques, le taux de sans-abri aurait augmenté de 373 % depuis 2002. Ils estiment leur nombre entre 10 000 et 15 000 dans la province.

« Nous essayons d’aider comme on peut mais les Jeux olympiques n’ont pas été conçus pour enrayer tous les problèmes du monde », déclarait à Reuters dimanche, Rusty Goepel, président du conseil d’administration du Covan.

 

Charlotte Houang

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