Des airs de 1984. Les 1 000 caméras de surveillance installées pour les Jeux donnent à Whistler et Vancouver un arrière-goût orwellien.
L’une de mes premières impressions en tant que nouvelle habitante de Vancouver fut celle d’être constamment épiée par caméra. Pas parce que j’ai quelque chose à me reprocher, mais parce que ces yeux m’espionnent où que j’aille. Trois caméras dans chaque bus, une à chaque coin de rue, dans mon hall d’entrée, et jusque dans l’ascenseur du bâtiment. Le sentiment d’être « sous surveillance » n’est vraiment pas agréable. Avant que Vancouver ne m’adopte l’été dernier, la Parisienne que j’étais n’avait pas conscience de sa liberté. Le Paris que je connaissais : 300 caméras dans les rues de la capitale pour 21 000 habitants au km². Vancouver : 5 000 habitants au km² et 1 000 caméras de plus depuis le début du mois. Paranoïa ? Et les Jeux ne vont rien arranger. Après avoir déclaré l’an dernier qu’une partie des caméras resteraient après les JO, les polémiques ont forcé les autorités à promettre de les retirer. Sachant qu’il y a un an l’investissement avait été calculé dans l’optique d’utiliser les appareils après les compétitions pour être rentabilisé, je reste tout de même sceptique et attend de voir si cette promesse sera tenue.
« Les dirigeants utilisent souvent le prétexte de Jeux olympiques pour accroître la surveillance sur le long terme, dans un moment où le public est plus enclin à l’accepter », ont écrit Boyle et Haggerty dans leur ouvrage Privacy Games : The Vancouver Olympics, Privacy and Surveillance. Ce ne serait d’ailleurs pas une première : la polémique avait déjà été soulevée en Grèce lorsque les caméras installées à Athènes pour les Jeux d’été de 2004 n’avaient pas été retirées.
La sécurité, c’est un milliard de dollars. Mais le coût social dû à cette intrusion dans la vie privée des gens pendant et peut-être après les Jeux, c’est combien ?
Fanny Abes


