Les journalistes étrangers jouent sur les contrastes de la ville pour décrire le quartier le plus pauvre du Canada.
« Réalisme cru », « le coquard de la ville », « un ghetto », « un aimant pour pauvres »… Les qualificatifs ne manquent pas lorsque les envoyés spéciaux découvrent pour la première fois le Downtown Eastside.
« Faites attention de ne pas vous égarer trop loin au sud de Gastown, avertit The Daily News of Egypt, dans le fameux quartier crasseux et miséreux appelé le Downtown Eastside où la drogue et la prostitution sont rampants ».
« Au coin de Main et Hastings, les résidents du code postal la plus pauvre du Canada déambulent (…) Un homme allume une pipe à crack, aspire profondément. Un autre urine contre un mur. Un autre encore brûle une boîte d’allumettes, marmonnant quelque chose à la flamme. Deux hommes commencent à se battre, l’un brandit un siège de vélo, l’autre une salade qui tombe sur le trottoir », écrit en guise d’introduction un reporter du New York Times.
Le coin de Main et Hastings, surnommé par ses habitants « Pain and Wastings » (douleur et gaspillage) est souvent cité comme l’épicentre du quartier. « Derrière (le centre communautaire Carnegie), décrit l’Asssociated Press, des revendeurs de drogue, des proxénètes et des femmes se retrouvent dans une ruelle sale. Et sur le perron, continue l’article, s’étale le plus grand marché de vente de drogue en plein air de la ville ».
La mort récente dans le quartier de Dawn Bergman, sans-abri, attire l’attention du Los Angeles Times qui déroule des chiffres. « 40% des vols et des agressions dans la ville ont lieu là-bas. C’est aussi le lieu où se trouve l’unique site d’injection d’héroïne légal d’Amérique du Nord. 30 % des habitants sont infectés par le virus du VIH – à égalité avec le Botswana ».
La mort de Dawn Bergman, continue la journaliste, a été la goutte d’eau : « Le gouvernement a annoncé l’ouverture en urgence de cinq refuges, le développement de 14 logements sociaux et les plans d’achats et de rénovation de 25 hôtels du centre-ville (…) la police a désormais davantage de pouvoir pour pousser les sans-abri dans des refuges. »
« Pendant trois décennies, le port a été un aimant pour les travailleurs du sexe chassés des quartiers riches, les toxicomanes et les personnes relâchées par les instituts psychiatriques dans les années 1990 » contextualise de son coté le Guardian. Alors que le Télégraph raconte que la ville portuaire du Pacifique « est depuis longtemps un important carrefour des opiacés en Amérique du Nord. (…) c’est aussi un pôle d’attraction pour les vagabonds et les démunis qui seraient littéralement congelés ailleurs dans le pays. ». Le journal anglais rappelle que la ville a vu débarquer dans le quartier la star hong kongaise Jackie Chan pour le tournage de Zizanie dans le Bronx.
Les journaux se souviennent aussi de la première fois qu’ils ont entendu parler du Downtown Eastside. Lorsqu’en 2002 le fermier Robert Pickton est arrêté et condamné pour le meurtre de 26 prostituées et toxicomanes vivant dans le quartier. « Le cas de tueur en série le plus important jamais vu au Canada ».
Beaucoup de reportages, réalisés début février, décrivent l’angoisse des sans-abri apeurés à l’idée d’être chassés du quartier à l’approche des Jeux. Vancouver n’a pourtant pas suivi l’exemple de Pékin, les rues n’ont pas été « nettoyées ».
Si tout le monde pointe « ces deux mondes qui vivent côte à côte dans la même ville, les « citoyens lambda et les marginaux », Associated Press rapporte que le Comité olympique n’a pas eu la chance de voir le quartier lors de l’évaluation des candidatures en 2003. « Quand est venu le temps de visiter les sites de Vancouver, le bus du CIO a pris un grand détour ». « Comme ils le faisaient en 2003, rapporte encore l’agence de presse américaine, les assistés sociaux font toujours la queue une fois par mois pour recevoir leur chèque d’aide sociale. Ce mercredi est surnommé le Mardi Gras dans la région, les bénéficiaires sont appelés » millionnaires pour deux jours « . Et les seringues circulent dans la file d’attente. »
Charlotte Houang


