Bien que très largement dépendante des productions hollywoodiennes, l’activité cinématographique à Vancouver ne cesse de se consolider. Non seulement, l’Industrie a su s’adapter au virage imposé par le film d’animation et la 3D, mais en plus les corps de métiers se professionnalisent. Les crédits d’impôt séduisent toujours. Les studios eux-mêmes parviennent à rivaliser avec ceux de Los Angeles. Quant aux évènements consacrés au 7e Art, ils se multiplient. A titre d’exemple, le Festival International du Film de Vancouver (VIFF1) qui débute le 30 septembre.
Au cours d’une carrière de plus de 35 ans, Bertrand Tavernier, a réalisé une vingtaine de longs- métrages et plusieurs documentaires. Son dernier film, «La Princesse de Montpensier», sera présenté au Festival International du Film de Vancouver.
Parfois taxé de cinéaste du désenchantement, Bertrand Tavernier s’est toujours inspiré dans son travail de ses propres désillusions et déceptions politiques. Un homme difficile à cerner, qualifié de pudique par ceux qui l’ont côtoyé mais pourtant très bavard quand il s’agit des autres. Le cinéaste est connu pour son caractère impétueux et ses grandes colères publiques sur les dossiers brûlants de l’actualité. Au point qu’il est surnommé par le producteur Frédéric Bourbelon « l’homme en colère » sur le tournage de « Ça commence aujourd’hui ». Lors de l’arrestation de Roman Polanski en Suisse en septembre 2009, il ne mâche pas ses mots : « Cela prouve deux choses, de l’une que Roman Polanski n’avait pas de compte en Suisse ; et que les festivals de cinéma – où il a été arrêté, ndlr – sont moins sécurisés que les églises du Moyen-Âge ! »
Erudit
Auteur d’un ouvrage de référence sur le cinéma américain, Bertrand Tavernier, véritable historien du 7e art, commence à explorer sa passion très jeune dans les salles obscures parisiennes. Le scénariste Jean Cosmos décrit un homme à la « mémoire d’éléphant », capable de se remémorer des films et de la façon dont ils ont été faits, dans les moindres détails. A 14 ans, ce Lyonnais d’origine sait déjà qu’il veut suivre le chemin de John Ford et de William Wellman. Il conserve scrupuleusement dans un cahier les images des films qu’ils ont réalisés. Poussé à étudier le droit, il fondera avec des amis à l’université une revue cinématographique et fait, à cette époque, la rencontre du cinéaste Jean-Pierre Melville qui lui offrira un rôle d’assistant sur l’un de ses films. Une expérience qu’il décrit encore aujourd’hui comme un échec. Devenu attaché de presse dans les années 1960, le cinéphile fait la promotion de nombreux longs-métrages devenus depuis des classiques du cinéma, comme Le Mépris de Jean-Luc Godard. En parallèle, il devient critique dans plusieurs revues de référence comme Les Cahiers du Cinéma. Son premier film, sorti en 1974, « L’horloger de Saint Paul », reste, au même titre que « Coup de Torchon », l’un des plus emblématiques de sa filmographie. Hantés par la mort, ses long-métrages mettent en scène des personnages sur le déclin souvent assaillis par la solitude et troublés par la perte de contact entre les générations.
Un cinéastes contemporain
« Ça commence aujourd’hui », film sur l’histoire d’un directeur d’école dans une petite ville rongée par le chômage, sorti en 1999, marque un virage dans sa carrière. « Quelque chose en moi a changé, j’ai dû trouver une autre relation avec le public qui regardait surtout des films américains, un public plus ignorant qui ne s’intéressait pas à l’Histoire ». Conscient des changements qui s’opèrent, le réalisateur produit des films plus urgents, moins contemplatifs, davantage dans l’air du temps et « se met en danger ». Dans « L’Appât », pour lequel il reçoit un Ours d’or au Festival de Berlin en 1995, Bertrand Tavernier s’inspire d’un fait divers français sordide, l’histoire d’une jeune fille qui séduisait des hommes mûrs, massacrés ensuite par deux complices pour un maigre butin. « En vieillissant, mes films sont devenus plus violents, plus mordants, plus rapides qu’auparavant.»
Depuis le début de sa carrière, Bertrand Tavernier accumule les allées et venues entre l’actualité chaude et la réflexion historique. Stephen Hay, auteur d’un livre sur le cinéaste, écrit avoir été « frappé par le contraste entre ses différents films ». « En termes d’atmosphère, de ton visuel, et de construction, j’ai du mal à croire qu’ils ont été réalisés par la même personne. » Point commun entre tous, le cinéaste s’offre le luxe de faire de chacun de ses longs-métrages des projets personnels. « Je suis très fier des films que j’ai faits et il n’y a en pas un que je voudrais changer. C’est rare. De nombreux réalisateurs regardent leurs films et disent qu’ils ont été contraints de faire ceci ou cela. Ce n’est pas mon cas. »
Pour son dernier film en costume, « La princesse de Montpensier », présenté au dernier Festival de Cannes, Bertrand Tavernier, fait appel à de jeunes acteurs en vue. Comme il l’avait déjà fait avec Julie Delpy, en 1987, dans « La Passion Béatrice », adaptée d’une nouvelle de Madame de Lafayette. Le film traite d’une histoire d’amours compliquées au XVIe siècle. Il permet, au passage, au cinéaste de 69 ans, capable de truffer sa conversation de citations de films, d’exploiter pleinement son penchant pour les belles phrases. Un film où l’amour est décrit par la mère de la princesse comme « la chose la plus incommode du monde et je remercie le ciel de nous en avoir préservé, mon mari et moi. » ■
Dans le VIFF
Le festival, qui draine chaque année environ 150 000 spectateurs, se déroulera du 30 septembre au 15 octobre et présentera environ 350 films issus de 80 pays. Cette année, c’est le film du réalisateur canadien Richard J. Lewis « Barney’s Version », avec Dustin Hoffman, qui ouvrira la 29e édition du VIFF. Le film français, «L’Illusionniste», sera lui projeté lors du gala de clôture. Le directeur du festival Alan Franey a aussi annoncé, les premières mondiales de «Love Shines», sur le chanteur canadien Ron Sexsmith et «Winds of Heaven», sur Emily Carr, qu’il a décrit comme «l’un des films les plus importants jamais réalisés sur notre province ».
A noter, l’apparition d’une nouvelle thématique « Africa Today », résultante d’une soumission importante de films venus de ce continent.


