Jim O’Hara est le Vice-président de la Fondation VGH et UBC Hospital. ( site VGH ) Il décrit les bienfaits de l’Art sur les patients, leur famille et le personnel hospitalier.
Combien d’œuvres sont-elles exposées au Vancouver General Hospital ?
500 pièces, toutes données soit par les artistes eux-mêmes, Gordon Smith, Sylvia Tait, Martha Sturdy, Margaret Devenyi…, soit par des collectionneurs. L’espace est inhabituel, ce n’est pas une galerie avec du personnel spécialement affecté à la surveillance. Pourtant, les gens respectent les toiles et même si parfois des dégâts sont causés, nous disposons d’un budget de 30 000 dollars par an, recueilli auprès de donateurs, ce qui nous permet de restaurer les œuvres. Heureusement, nous n’avons jamais eu à déplorer la moindre dégradation volontaire ni même un vol. Les gens respectent ce lieu comme s’il s’agissait d’une église. C’est un sanctuaire, en quelque sorte. Hier encore, nous avons installé en psychiatrie 25 œuvres. Dans ce service, souvent le fait d’admirer des toiles permet d’engager la conversation et de sortir les patients de leur mutisme. Je n’ose imaginer ce grand hôpital, qui compte 700 lits, sans rien pour enjoliver les murs. Ce serait sinistre tant pour les membres du personnel, qui y passent plus de temps qu’à leur domicile, que pour les patients et leur famille. C’est pourquoi le mobilier d’un hôpital est aussi un élément important dans le bien-être.
Sur quels critères choisissez-vous les toiles ?
Si nous savons qu’une peinture peut choquer nous ne l’exposons pas. Pas trop de rouge… cette couleur est connotée négativement dans les hôpitaux. Elle renvoie au sang, à la chirurgie. Elle est trop agressive. Nous évitons aussi les représentations sataniques ou obscènes… Notre objectif n’est pas de traumatiser les gens, au contraire. L’Art place des sourires sur les visages et permet de délier les langues. Nous n’accrochons pas de tableaux dans les chambres ni dans les bureaux, sauf exceptions. Par ailleurs, nous avons déjà refusé des pièces, les artistes nous comprennent.
Justement, comment réagissent-ils ?
Ils nous soutiennent. Outre les dons d’œuvres, la communauté artistique travaille souvent avec nous. C’est le cas de la Belkin Art Gallery de UBC, du Canada Council for the Arts, et aussi de Langara College. Tous nous ont prêté quelques-unes de leurs réalisations afin qu’elles soient exposées à l’hôpital… Il s’agit là d’une belle reconnaissance.
Quel est l’effet des toiles sur les patients, sur leur famille ?
En 2005, une femme, dont le fils était placé en soins intensifs pour de graves lésions, avait l’habitude de se recueillir devant l’un de nos tableaux, situé dans le pavillon Jim Pattison. Peinte par Al Williamson, elle représente un ange. La mère était convaincue que son enfant allait guérir grâce au sentiment que lui inspirait cette œuvre. Et ce, en dépit de l’état de son fils jugé critique par les médecins. Dans ce cas, le travail de l’artiste au eu un rôle quasi mystique et a vraiment remué cette femme. À la sortie de son fils, elle a tout fait pour me rencontrer. Elle voulait me remercier d’avoir placé le tableau à cet endroit. L’Art, comme la Religion, a une dimension spirituelle non négligeable. Un autre patient souffrait, pour sa part, d’une tumeur au cerveau. Sachant que la fin était proche, il m’a demandé d’installer dans sa chambre une réalisation de Jack Shadbolt « pour que la douleur soit plus supportable ». ■
Nora Azouz


