Au fin fond de la savane brésilienne se dessinent des enjeux typiques d’un pays en pleine expansion économique.
Le soleil se lève. Il est 5 h 30. Sans trop attendre, la chaleur s’installe aux premiers rayons de soleil. Aujourd’hui, il fera plus de 30 degrés. Loin des plages bondées de Rio de Janeiro et des tam-tams de Bahia, vous voici dans un Brésil bien différent des sambas et bossa novas. Ici, c’est le sertanejo, ou musique country brésilienne, qui fait vibrer les vitres teintées des semi-remorques. Dans ce Far West sud-américain, la ville de Cuiabá – capitale de l’état du Mato Grosso – est un des centres agricoles les plus importants du continent.
Situé au milieu du cerrado, ou savane brésilienne, le Mato Grosso connaît un boom fulgurant. The Economist qualifiait sa croissance économique de miraculeuse en faisant référence à ses terres agricoles extrêmement productives(1). En effet, voilà plus de 30 ans que des recherches dans la chimie des sols et la biotechnologie ont transformé cet état en garde-manger mondial.
Aujourd’hui, les plus de 5 millions d’hectares de soja en plantation et les 20 millions d’hectares de pâturage pour la production bovine représentent respectivement plus de 1,5 et 6 fois l’Île de Vancouver. Le Brésil est le deuxième producteur mondial de soja, derrière les États-Unis, avec une production de plus de 57 millions de tonnes en 2009(2), la majorité provenant du Mato Grosso.
La transformation de la savane
Mais la transformation de la savane inquiète bien des chercheurs dont la compréhension des impacts environnementaux est dépassée par la rapidité des changements. La déforestation du cerrado a reçu beaucoup moins d’attention que sa cousine amazonienne. La loi, dite de « réserve légale », maintient qu’un propriétaire doit conserver 85 % de la flore tropicale Amazonienne d’origine sur son terrain.
Ce pourcentage diminue à 20 % pour les propriétés centrales du cerrado. Cette différence est considérée comme une des causes majeures dans la transformation de la savane brésilienne. Aujourd’hui, le cerrado réprésente 2 millions d’hectares au centre du pays, soit la moitié de sa taille d’origine.
Au développement agricole s’ajoutent aussi les conséquences du boom économique, surtout au niveau des transports. Les grandes productions de soja du Mato Grosso sont loin du port de Paranaguá, situé sur la côte atlantique, ou encore des rives du fleuve Amazone d’où partent les bateaux cargos pour la Chine ou l’Europe. Afin de maintenir le soja à bas prix, il faut donc développer des réseaux routiers et ferroviaires pour faciliter l’exportation de la denrée. Mais cela morcelle d’autant plus un paysage d’origine déjà transformé par l’expansion agricole.
Un des derniers Far West à dominer
L’idée de la frontière du Far West nous vient des États-Unis, qui au cours du XIXe siècle amorçaient leur colonisation intérieure. La notion de liberté, fondée sur la conquête d’une nature « vierge » disparue au cours du siècle, est un aspect fondamental de la définition même des États-Unis. En parrallèle est apparu le mouvement conservationniste et les premiers parcs nationaux, tel que le parc Yosemite qui a vu le jour en 1872.
On retrouve ces traits de conquête au Mato Grosso. Chaque parcelle de terre se rapprochant de l’Amazonie, au nord de l’état, est une nouvelle opportunité. « Quand j’aurai fini mes études, je rentrerai à Rondônia(3) pour commencer une production de soja », m’explique un étudiant en agronomie. « Le Mato Grosso est saturé maintenant, continue-t-il. Rondônia, c’est le Mato Grosso d’il y a 20 ans ».
Cette dernière frontière brésilienne rétrécit aux sons des tracteurs et de l’accordéon du sertanejo. Quand cette expansion touchera à sa fin, une nouvelle ère brésilienne pourra commencer. Déjà des ambitions conservationnistes ont vu le jour avec des partenariats hors du commun entre multinationales et ONGs, non sans être critiquées(4).
- 1. Brazilian Agriculture: The Miracle of the Cerrado, le 26 août 2010.
- 2. Selon Food and Agriculture Organization Stats
- 3. État brésilien à l’Est du Mato Grosso et au Sud de l’Amazonas
- 4. Voir notamment “Soya Scrutiny” du magazine Nature (7 avril 2011)
Michael Lathuillière est un chimiste qui se spécialise dans la gestion des ressources naturelles à l’Institute for Resources, the Environment and Sustainability.



Je suis etudiant français en Histoire et je travaille sur l expansion de la soja du MT. Je suis tjs en recherche de sources et d idee pour mon memoire.
Etes vous encore a Cuiaba? POuvons nous rencontrer?