À l’autre extrémité de la route qui mène à Tofino, la capitale du surf au Canada, le petit village de pêcheur Ucluelet attire les voyageurs en quête de lieux encore préservés. Une nature vierge et une faune sauvage qui m’ont offert une virée mémorable.
Partir à la découverte de l’île de Vancouver signifie pour beaucoup découvrir sa côte ouest et ses plages retirées. Tofino s’est imposée comme le lieu de rencontre estival de la jeunesse avide de sensations fortes. Avec un million de visiteurs par an, la ville est devenue une destination très à la mode. Trop pour certains voyageurs, qui optent alors pour une option plus paisible et moins connue. Située au bout du parc national Pacific Rim, Ucluelet ne se trouve qu’à 40 kilomètres de sa grande sœur. Pourtant, dans les guides de voyages, le village de 1 500 habitants se fait timidement une place aux côtés de la ville du surf. Mais les routards expérimentés aiment choisir les destinations moins touristiques, qui sont souvent l’occasion de découvertes mémorables.
J’opte moi aussi pour l’originalité, sans imaginer ce qui m’attend. Aucun préparatifs ; les secrets de Colombie-Britannique ne s’embarrassent pas de ce genre de formalités. J’embarque dans l’unique bus qui fait la navette entre Port Alberni et Ucluelet. Pour se rendre sur la côte ouest de l’île, une seule possibilité : emprunter la Pacific Rim Highway qui sillonne la forêt pluviale et ses arbres plusieurs fois centenaires. Moins de 200 kilomètres me séparent du bout du monde.
Quatre heures de route au milieu du parc national et une expérience qui commence avec ce trajet aux paysages magnifiques. D’abord les sapins douglas et les cèdres immenses, ensuite la vue imprenable sur le lac Kennedy, et enfin le coucher de soleil et le ciel qui se colore de tons rouges et violets. Au printemps, la route est encore déserte et il n’est pas rare de croiser une ourse et ses petits sur le chemin. Déjà 150 kilomètres et le bus a seulement croisé une patrouille de gardes forestiers. La route se sépare finalement en deux : sur la droite, Tofino, à gauche Ucluelet n’est distante que de 7 kilomètres.
Hors des sentiers battus
À l’entrée de la bourgade pas d’hôtels ni de campings – il n’est que 19 h et le lieu paraît désert. Des quelques personnes descendues du bus, je suis la seule touriste. Le conducteur m’a laissé une seule indication « pas de départ avant demain à la même heure ».
Je trouve mon salut dans l’unique commerce ouvert le soir. Maggy, la propriétaire, semble avoir l’habitude des routards fraîchement débarqués du continent. Après une longue route, leur réflexe est souvent d’aller se ravitailler chez elle. Et même si elle ne sert plus de café après 16 h, elle m’est d’une aide précieuse. Sur son conseil, je me dirige vers une auberge de jeunesse située en pleine forêt, à 15 minutes du centre-ville. Une belle maison au milieu d’un superbe terrain parsemé d’arbres. Le fond du jardin ? Une plage de sable des plus sauvage. La veillée a déjà commencé. Le cliché me fait sourire : un feu de camp, la musique d’une guitare et l’odeur des guimauves caramélisées. Scott, le gérant de l’auberge, m’invite à rejoindre le groupe. L’ambiance est détendue et propice aux rencontres.
Au réveil, planifier une activité pour la journée revient à faire un choix cornélien – admirer les baleines grises revenues pour la saison ou arpenter le Wild Pacific Trail. Après un petit-déjeuner copieux, le choix me paraît plus simple : ce que Ucluelet a de plus singulier, c’est son chemin de randonnée.
À l’autre bout du village, l’entrée du parcours est discrète. Personne à l’horizon. Un panneau pas vraiment rassurant me met en garde contre les ours et les cougars. Je m’engage sur la piste qui perce la forêt. Au bout de quelques mètres, j’ai changé de monde. Autour de moi, les cèdres géants sont toujours là, j’entends déjà les vagues s’écraser sur la falaise. Je suis seule et un sentiment d’évasion m’envahit. Je m’enfonce entre les arbres et découvre un escalier en bois qui mène à une plage. L’intensité des rouleaux de l’océan me fait ressentir la force de la nature. Dans les eaux plus calmes d’une petite crique, je rencontre une otarie venue faire sa ronde. Le sentier qui court sur une dizaine de kilomètres entre mer et forêt m’offre une après-midi épique. Un rêve à la fois intense et intime. ■
Préserver son fond de commerce
Ucluelet accueille chaque année de plus en plus de visiteurs. La ville tente de diversifier son économie en développant ses infrastructures touristiques. En trois ans, elle a vu se construire plus de bâtiments que durant les 20 dernières années. Un grand hôtel, des bungalows ou encore un golf ont notamment été érigés près du bord de mer. Un projet d’extension du Wild Pacific Trail est également en cours ; la voie devrait être rallongée d’environ 15 kilomètres pour atteindre Long Beach, à mi-chemin entre Ucluelet et Tofino.
Mais le Conseil de la ville tient à faire respecter des normes environnementales strictes. En 2007, la municipalité a édité l’Official Community Plan, un texte qui précise la politique de développement – tant en qualité qu’en quantité. Entre autres, une mesure phare : toutes les nouvelles constructions doivent au moins atteindre le standard argent du Leadership in Energy and Environmental Design (LEED) – un système d’évaluation du niveau de qualité des bâtiments durables. Ucluelet est ainsi devenue la première ville d’Amérique du Nord à imposer une contrainte environnementale si stricte aux promoteurs immobiliers. ■
Fsnny Abes


