Il était une fois… des îles aux multiples facettes, composées de myriades de couleurs. Dans cet infini bleuté se mêlent ciel et mer, falaises de grès rouge, plages de sable blanc et vertes collines, sur lesquelles sont disséminées de jolies petites maisons aux couleurs de l’arc-en-ciel. Ce sont les Îles de la Madeleine.
Si le vent balaye cette enfilade de terres bordées de sable, de falaises et de rochers, il ne peut effacer le souvenir des marins disparus. Sur ces îles, nombreuses sont les histoires à raconter… Chasse à la baleine, chants de sirènes, ballet du homard… Un lieu propice aux fables où se déroule, depuis maintenant sept ans, le festival international Contes en Îles (voir encadré). Une fête de la parole et de l’humanité qui rassemble, aux quatre coins de l’archipel, vingt-six conteurs venus d’horizons différents pendant dix jours. De Flora à Toumani, ou d’Antonia à Patrice et les autres, ces diseurs de bonnes paroles m’ont transportée, au gré des vents et des marées, dans les méandres de l’imaginaire.
Tout a commencé en Gaspésie, lors de mon embarquement sur Le Vacancier pour gagner les Îles de la Madeleine. Les conteurs s’étaient tous donné rendez-vous dans le salon. Très rapidement, je me joins au groupe. Les jours suivants, j’allais suivre leurs représentations à différents endroits de l’archipel.
Accoster aux Îles, c’est presque fouler le bout du monde. Telle une demie-lune au cœur du Golfe Saint-Laurent, à environ 200 km de la péninsule gaspésienne, la nature a déposé un chapelet d’une douzaine d’îles dont six reliées entre elles par une bande dunaire et une route principale d’une centaine de kilomètres. Ce qui frappe ici, c’est la lumière enveloppant le paysage d’une belle couleur fauve mais aussi cette impression d’horizon à perte de vue.
Poisson boucané
À peine l’ancre jetée, nous sommes reçus en musique par les habitants de l’archipel, appelés aussi Madelinots. Aussitôt soumise aux assauts du vent, je me dirige vers le bistrot Les Pas perdus, sur l’île de Cap-aux-Meules. Dès mon entrée dans le restaurant, je constate la chaleureuse atmosphère de village qui s’en dégage. L’accent salin des Madelinots et les excellentes moules à la sauce au Pied-de-Vent, un fromage local, ajoutent un goût d’exotisme qui me ravit.
Après ce copieux repas, je pars explorer l’île Havre-aux-Maisons et visiter la fromagerie artisanale Pied-de-Vent. J’apprends ainsi que le goût particulier de ce fromage vient du fait que les vaches broutent l’herbe salée des prés. Lors de ma promenade, je suis subjuguée par la beauté du paysage. Face à moi, un relief composé de doux vallons verdoyants et de maisons multicolores contraste avec de rougeoyantes falaises. Je respire de grandes bouffées d’air pur et je regarde avec amusement le vent s’engouffrer dans le linge suspendu aux cordes, tels des cerfs-volants.
Le chemin des Échoueries me conduit ensuite au Fumoir d’antan. J’y découvre l’histoire du hareng fumé ou poisson boucané, comme disent les Madelinots. Le musée expose des photos et des objets qui retracent l’évolution de cette industrie née en 1870. Aujourd’hui, Benoît Arseneau a pris la relève de son grand-père. Profitant du retour des harengs dans les années 1990, la famille a ainsi rénové les bâtiments et fume désormais le hareng et le maquereau selon les méthodes traditionnelles. Des milliers de harengs sont accrochés par les ouïes sur des perches, au-dessus de multiples petits feux alimentés par des bûches d’érable et de bouleau.
L’heure tourne, il est temps de me rendre à l’apéro Conté. Le rendez-vous a lieu à la micro-brasserie artisanale nommée À l’abri de la tempête. Ici, on peut voir les installations de brassage. Sirotant la Vieux-Couvent, une bière en fût à base de blé et de trois herbes, je bois les paroles d’Antonia, qui évoque pour nous les îles de son enfance.
Vaisseau fantôme
Assister à Contes en Îles, c’est aussi parcourir les Îles de la Madeleine d’un bout à l’autre. Le lendemain, me voilà donc sur l’île de la Grande-Entrée, capitale du homard. Je m’aventure jusqu’au port. Tous les bateaux sont alignés et portent un prénom. Sur le quai, les nombreuses cages à homards témoignent de l’importance de la pêche. Bien que la saison tire à sa fin, je rencontre Paul, capitaine homardier. « Dans ma famille, ce métier se transmet de génération en génération. J’ai 41 lignes de 7 cages chacune. En mer, pendant que je lève et vide les cages, mon fils place les appâts et ma femme mesure les homards, pour s’assurer qu’ils ont la taille réglementaire, avant de mettre les élastiques autour des pinces. Ensuite, nous les déchargeons au port pour la pesée et l’empaquetage », me détaille-t-il.
Parler de ces homards m’a mis l’eau à la bouche. Judicieusement situé près du port, le restaurant Délices de la mer propose des fruits de mer tout juste sortis de l’eau. La chaudrée de fruits de mer est un régal.
Je reprends la route, direction Havre-Aubert, le plus ancien village de l’archipel. L’endroit est mignonnet. J’ai rendez-vous à la Pointe, surnommée La Grave. Ici, les maisons sont grises et bordent une petite plage de galets autrefois entourée de saloirs, magasins et entrepôts des pêcheries, aujourd’hui transformés en cafés et boutiques d’art. Les artisans présentent leurs produits avec fierté, et n’hésitent pas à m’expliquer leur métier. Tous leurs objets sont fabriqués avec les produits naturels des îles. Mais il est temps de partir car, ce soir, les conteurs nous livrent la légende du vaisseau fantôme. C’est sous un ciel d’encre que je les rejoins. Le site est exceptionnel. Les grottes sont décorées de hiéroglyphes et les dunes éclairées par des flambeaux et des lanternes. Sur la plage, les feux crépitent. Tout à coup, les yeux écarquillés, je l’aperçois au large des dunes…. Le bateau fantôme !■


