Cette fin de semaine-là, la nature et ses belles surprises sont passées au second plan lorsque je me suis essayée à un sport que j’ai bien du mal à maîtriser…
Ma journée de ski de fond à Hollyburn m’a renvoyée en enfance. Aux chutes à répétition de mes premiers pas, de mes premières tentatives cyclistes, s’ajoute maintenant ma première expérience de skieuse de fond : les mêmes hésitations qui finissent invariablement le nez par terre ; les mêmes sensations de peur et d’excitation – jusqu’à la façon de réagir après être tombée, avec des larmes provoquées plutôt par le choc que par la douleur elle-même.
Tomber fut donc pour moi le thème dominant de ce dimanche passé à Hollyburn, destination sportive de prédilection en Colombie-Britannique en cette fin d’hiver. Le parc provincial de Cypress, auquel appartient le mont Hollyburn, est le plus fréquenté de toute la province, avec plus d’un million de visiteurs par an. La popularité du mont Hollyburn n’est pas récente, puisque déjà dans les années 1920 les skieurs y étaient nombreux. Celui-ci jouit également d’un statut écologique exceptionnel, ayant été épargné par les coupes forestières brutales et les feux de forêts qui ont touché les deux autres montagnes du parc.
Novice absolue en matière de ski de fond, je m’étais forgée une image du sport et de son environnement très différente de la réalité. J’imaginais Hollyburn comme le rendez-vous typique des skieurs de fond : un mont silencieux et peu fréquenté, couvert d’une neige vierge dans laquelle nous tracerions des pistes officieuses. Je faisais erreur l’endroit grouille de monde et les pistes sont déjà tracées et abondamment balisées. De l’avis de plusieurs adeptes du ski de fond, Hollyburn n’est pas l’endroit idéal pour apprendre et apprécier ce sport. La nature y est très apprivoisée et offre peu de hors-piste. Et les nombreuses côtes – habituellement rares dans cette activité – ne sont pas idéales pour les skis de fond, étroits donc instables. Celles-ci m’ont terrorisée après plusieurs chutes.
Le paysage de mes pieds
La montagne est probablement très belle en cette journée ensoleillée. Les vues sont, j’en suis sûre, très impressionnantes. Et je suppose que les commentaires intéressants abondent en ce qui concerne les nombreux skieurs croisés en chemin… Malheureusement, je devrais m’en passer, en raison de mon apprentissage étonnement pénible de ce nouveau sport. La concentration extrême restreint ma vision à mes pieds et dans les moments de grande confiance, aux quelques mètres de sol devant moi !
Deux choses retiennent mon attention : d’abord la coordination des bras et des jambes qui se balancent à l’opposé, bras gauche avec jambe droite, bras droit avec jambe gauche. La clef est de se lancer à l’instinct et essayer de trouver un rythme naturel car le plus sûr moyen de s’emmêler les pinceaux est de trop réfléchir à la question ! L’autre difficulté est l’arrêt : même avec l’expérience de nombreuses heures, j’en suis encore réduite en fin de journée à m’arrêter de façon peu gracieuse : je place péniblement mes pieds en chasse-neige tandis que je me penche en avant, mes bâtons de ski raclant la neige, et que je ralentis plus lentement que je ne le voudrais en priant pour que personne ne se trouve sur mon chemin !
Le ridicule fait beaucoup de bien
Cette première expérience en ski de fond m’a fait me sentir plus incompétente que jamais. Cependant – la surprise de la journée – ne me sentir en compétition avec personne et savoir qu’il n’était pas question ici de faire étalage de mes talents, a été extrêmement libérateur. Une fois que j’ai pu accepter ma posture ridicule, ma peur démesurée en descente, mon incapacité à m’arrêter, et surtout le fait que les plus jeunes enfants présents me dépassaient avec grâce et désinvolture, j’ai pu m’amuser follement en me moquant de moi-même, un sentiment grisant et trop rare ! ■
Julia Mahaffey



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