Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Une « bibliothèque de la vie » ouvre à UBC

Une « bibliothèque de la vie » ouvre à UBC

Consacré à la biodiversité, le Beaty Biodiversity Museum ouvrira ses portes cet automne à l’université de Colombie-Britannique. Son objectif ? Sensibiliser le public à l’impact de l’homme sur l’environnement. Au cœur de cette nouveauté : un squelette de baleine suspendu dans les airs. En attendant l’inauguration, des journées portes ouvertes permettront de découvrir gratuitement les lieux.

Il plane une odeur de neuf et de peinture fraîche. Une fois franchie la porte du nouveau musée de UBC, une grande salle lumineuse se dévoile. En cette première journée portes ouvertes, la foule dégage une certaine frénésie. On se bouscule pour se faire une place. Les flashes crépitent. Les regards pétillent de curiosité.

Et puis il y a la baleine. Du moins ce qu’il en reste. Impossible de manquer son squelette : suspendue au plafond, l’ossature flotte dans l’air sur 26 mètres de long. « On a du mal à croire qu’un animal d’une telle envergure puisse nager dans l’océan », s’exclame Mary Ellen, mère de famille de 32 ans.

L’étage du dessous recèle quelques bizarreries de la nature. Volatiles jaune fluorescent, séries de dents tranchantes et autres mammifères empaillés habitent les étagères du rayon « étranges évolutions ». Le musée ouvrira officiellement cet automne mais deux autres visites spéciales sont organisées cet été de 11 h à 15 h : le samedi 17 juillet sur la biodiversité de Colombie-Britannique et le samedi 21 août sur le monde aquatique.

« Plus de deux millions d’espèces sont hébergées ici. On retrouve des coquillages, des fossiles, des oiseaux, des insectes, mais aussi des végétaux. C’est une véritable bibliothèque de la vie », explique Andrew Trites. Directeur de l’Unité de recherche sur les mammifères marins au Fisheries Centre de l’université, il a participé à la création du musée et a dirigé la mise en place de l’exposition du squelette de baleine [voir encadré].

Comprendre l’impact de l’homme sur la nature

Mais pourquoi un nouveau musée à Vancouver ? Le principe est simple : faire revivre les archives de l’université. L’idée d’ouvrir au public des collections réservées aux scientifiques a été impulsée par Ross Beaty, géologue au Magma Energy Corp à Vancouver, et par sa femme Trisha, physicienne. Diplômés de l’université de Colombie-Britannique en sciences et physique, ils ont en partie contribué au financement du projet. « L’objectif est d’attirer l’attention des visiteurs sur la perte de biodiversité dans le monde », explique Andrew Trites. La baleine bleue, par exemple, est un animal qui a presque disparu, notamment à cause de la chasse. Aujourd’hui il n’en reste qu’environ 7 000. « Il faut prendre conscience que l’homme n’est qu’une seule espèce sur des millions et que notre activité cause de sévères dommages à l’ensemble de l’écosystème. Tous les êtres vivants sont interdépendants. »

Des conférences et des projections de documentaires seront ainsi organisées régulièrement dans l’auditorium du musée. Un laboratoire muni d’équipement scientifique permettra aux visiteurs d’examiner le rôle de la nature de plus près.

L’engagement de UBC en matière de protection de la biodiversité n’est pas nouveau. Créé en 2009, le Biodiversity Research Centre regroupe plus de 50 scientifiques qui étudient notamment les effets du climat sur la planète, l’évolution de la faune et du milieu aquatique. Ainsi, l’année dernière, il a été le premier à démontrer que l’évolution des espèces pouvait avoir un impact sur leur écosystème. Le Beaty Biodiversity Museum sera, quant à lui, le premier centre d’éducation pour le public au Canada consacré uniquement à la biodiversité. ■


Une aventure de deux ans


C’est pour donner plus d’envergure au musée qu’Andrew Trites a proposé d’exposer le squelette du plus grand mammifère existant. « Trouver une baleine qui se serait échouée quelque part dans le monde n’a pas été facile, explique-t-il. Après diverses recherches et tentatives avortées, je commençais à désespérer. » Finalement, le hasard a bien fait les choses. Invité au Canadian Museum of Nature à Ottawa, Andrew a demandé en plaisantant à un membre du personnel s’il n’avait pas un squelette de baleine bleue sous la main : « Il m’a confié qu’un spécimen s’était échoué en 1987 près de la ville de Tignish sur l’Île-du-Prince-Édouard ».  À l’époque, l’animal avait été enterré pour que sa carcasse ne se décompose pas à l’air libre. Sandra Keough, conservatrice de musée, a répertorié le lieu exact où se trouvait la baleine. C’est grâce à elle que le corps de cette femelle a pu être retrouvé 20 ans plus tard. « Peu importe ce qui se passe sur la plage, je suis généralement la première sur place, explique Sandra Keough. Quand j’ai vu la baleine, j’ai tout de suite su qu’un jour quelqu’un viendrait la chercher. »

Pour Andrew Trites, l’enjeu est de taille : seulement 20 expositions semblables existent dans le monde. Avec son équipe, il part chercher l’animal en 2007. « Une semaine a été nécessaire pour sortir l’animal du sable, raconte Pierre-Yves Daoust, pathologiste et enseignant à l’université de l’Île-du-Prince-Édouard. Ce qui nous a tous surpris, c’est la quantité de chair qui était encore présente autour du squelette malgré les années. Dans le sable, il n’y a pas assez de micro-organismes pour permettre la décomposition. » L’opération n’a pas été simple. L’ossature de la baleine, composée de 180 os, était fracturée en plus de 1 000 pièces. « Le point positif, c’est qu’elle demeurait entière », poursuit Pierre-Yves Daoust. Après un voyage de 6 000 kilomètres, le squelette a rejoint la Colombie-Britannique pour être traité et reconstitué par une équipe de 13 spécialistes en ossements. Une opération qui a demandé deux ans de travail. ■


Romain Desgrand

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem