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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Quel avenir pour le cinéma indépendant francophone hors Québec ?

Quel avenir pour le cinéma indépendant francophone hors Québec ?

Depuis cinq ans, le Front des réalisateurs indépendants du Canada (FRIC) se bat pour permettre aux cinéastes indépendants francophones, issus des provinces hors Québec, de faire leur trou au sein d’une industrie qui ne les favorise pas vraiment…

Il faut bien l’avouer, les longs métrages émanant du cinéma indépendant francophone, hors Québec, ne sont pas légion. Avant Le divan du monde, de Dominic Desjardins (voir encadré), sorti en octobre dernier, seule une réalisation torontoise de Jean-Marc Larivière, datant de 1982, intitulée Révolutions, d’ébats amoureux, éperdus, douloureux avait pu voir le jour. D’où la création du Front.

« Nous avons créé le FRIC pour offrir à nos 64 adhérents une plus grande visibilité auprès du public, des politiques et surtout auprès des interlocuteurs financiers nationaux, tels que l’ONF [Office national du film]. »

Dominic Desjardins, 36 ans, président de cette association, ne mâche pas ses mots. Pour lui, les cinéastes indépendants francophones non Québécois sont les laissés-pour-compte du cinéma canadien. « Pour nous, les subventions sont quasi inexistantes. Car les jurys des organismes qui financent nos films au niveau fédéral sont composés de pairs qui ne connaissent pas le cinéma francophone hors Québec. Du coup, nous ne récupérons que les miettes… »

Lésés par rapport au Québéc

De fait, un réalisateur qui vit à Montréal peut disposer des ressources techniques offertes par Vidéographe ou Coop Video et peut réaliser et diffuser son film à moindre coût… « Nous, nous n’avons rien. Nous sommes à l’évidence lésés par rapport aux Québécois. Dans la Belle Province, à côté du financement fédéral, les réalisateurs peuvent s’appuyer sur la Sodec, Société de développement des entreprises culturelles, qui encourage les films à petits budgets, ceux dont l’enveloppe n’excède pas 1,2 million de dollars. »

En dehors du Québec, les cinéastes indépendants peuvent compter sur des organismes fédéraux ou nationaux, comme le Conseil des Arts du Canada. Le premier « peut accorder 60 000 dollars pour la réalisation d’un film à petit budget », selon le réalisateur. « Cette somme correspond à 6 journées de tournage environ. Difficile de boucler un film qui, en moyenne, nécessite 20-24 jours de tournage. » À titre d’exemple, Dominic Desjardins a tourné le sien en 21 jours.
« De toute façon, comment peut-on vivre avec de telles sommes ? vitupère le président du FRIC. Cette bourse, qui est bis-annuelle, n’est qu’une loterie ! »

À dire vrai, les réalisateurs indépendants peuvent tout de même prétendre à la subvention versée par un second organisme, Téléfilm Canada : 200 000 dollars offerts dans le cadre du programme d’aide aux longs métrages indépendants pour un budget ne dépassant pas 1,5 million de dollars. « Ce programme a pour objectif d’appuyer les films de grande qualité qui contiennent des éléments créatifs novateurs et originaux », précise-t-on à Téléfilm Canada.

Budgets serrés

« C’est Babek Aliassa qui a décroché le gros lot cette année, ironise Dominic Desjardins. Personne ne sait comment il va compléter le budget de Boucherie Hallal, son film. Il ne pourra pas se tourner vers la Sodec qui est propre aux Québécois. Quoi qu’il en soit, Babek a eu de la chance : sur 30 projets francophones déposés à Téléfilm pour les petits budgets, seuls 3 sont retenus. Ce qui signifie que les indépendants hors Québec se retrouvent face à des réalisateurs québécois, parfois connus, qui souhaitent faire une petite production à moins de 1,2 million… autant dire que les jeux sont faits. »

Le FRIC a compris que le salut de ses réalisateurs passait par la formation continue. « Au cours de nos séminaires ou formations, les cinéastes se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls. Ils peuvent garder et la foi dans leur art et leur passion intacte. » L’organisation a réalisé une étude, en 2008, pour évaluer les besoins en formation de ses adhérents. La fiction plus que le documentaire apparaît alors comme un secteur indigent. En conséquence, depuis l’an dernier, le FRIC a mis en place un programme en fiction qui s’appelle « Faire une scène ». Trois réalisateurs dont Carole Ducharme, la cinéaste de Vancouver, ont participé à cette formation qui a conduit à élaborer une scène de leur futur long métrage. Cette formation, qui a duré une semaine, s’est déroulée dans la capitale ontarienne à l’automne 2009.

Plus de formation continue

La prochaine session se déroulera à Moncton en février 2011. Une autre formation, réalisée en partenariat avec l’ONF, sera consacrée à l’auto-production et voyagera à travers tout le pays, notamment à Moncton, Toronto et Vancouver. Par ailleurs, les membres du FRIC se rencontreront à l’automne 2010, vraisemblablement à Vancouver, pour se « ressourcer et parler des projets de chacun ».

« Un réalisateur du Yukon se rendra compte qu’il est confronté à la même réalité, aux mêmes difficultés que son acolyte de Vancouver », explique le cinéaste.

En dépit de leurs efforts, les adhérents du FRIC finissent souvent par se résigner. Ils se rendent au Québec et tournent avec une société de production québécoise. Parfois, ils renoncent définitivement ou ils se consacrent aux documentaires, dont les budgets sont plus faciles à ficeler.

« Pour les documentaires, nous ne rencontrons aucune difficulté. Mais l’imaginaire des réalisateurs francophones s’exprime surtout à travers les fictions. Et franchement, notre création est largement menacée d’extinction. »

Pour le président du FRIC, « c’est au niveau fédéral que se trouvent les solutions ». À bon entendeur… ■

Nora Azouz

Le divan du monde, un spectacle à part entière

Le divan du monde, écrit et réalisé par Dominic Desjardins, a été présenté le 17 juillet à l’auditorium Jules Verne dans le cadre de L’Éthéâtre à Vancouver. À l’issue de la diffusion du film, Antoine Gratton, acteur principal du film, a interprété en compagnie de la chanteuse Geneviève Taupin un spectacle musical de plus d’une heure.

Sujet du film : relation amoureuse entre Zoé et Alex qui sont déracinés. Elle vit à Vancouver et veut retourner sur l’Île-du-Prince-Édouard, d’où elle vient. Elle n’a plus d’argent, fait la rencontre d’Alex. Et finit par dormir sur le canapé du jeune homme. Le sofa devient alors le divan du monde…

Durée : 75 minutes
Production ontarienne : Zazie Films en collaboration avec Productions Coccinelle

 

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