Il fut un temps où le jazz déchaînait les foules à Vancouver. Les cafés-concerts qui fleurissaient un peu partout dans la ville étaient le lieu de rendez-vous des trompettistes et des saxophonistes. Parmi eux, Bobby Hales, aujourd’hui président de la Vancouver Musicians Association. À l’occasion du Vancouver International Jazz Festival qui se déroulera du 25 juin au 4 juillet, il se remémore cette époque faste.
Il a un sourire en coin et une lueur de nostalgie dans le regard. Lorsque Bobby Hales ouvre la porte de son bureau situé dans une petite rue de l’ouest de la ville, c’est avec une excitation communicative. Presque enfantine. C’est ici qu’il préside l’association qui aide les musiciens d’Amérique du Nord à développer leurs projets. Sur les murs tapissés de vert, quelques tableaux représentant des trompettes marquent son attachement au jazz. Cette musique l’a propulsé sur le devant de la scène jusqu’à en faire une figure locale de renom.
Dans les années 1950 et 1960, Vancouver vivait au rythme des trombones, pianos et contrebasses. Nombre de musiciens se sont fait un nom en jouant leurs mélodies sur les scènes de la ville. Bobby en fait partie. Ce compositeur, âgé aujourd’hui de 75 ans, a notamment fondé The Bobby Hales Big Bang, un groupe de 18 musiciens avec qui il intervenait régulièrement dans l’émission de radio Jazz diffusée au niveau national. « À cette époque, le jazz faisait des émules à Vancouver. Des concerts étaient régulièrement organisés et les cafés-concerts ouvraient par dizaines ».
The Cellar s’imposa comme le plus célèbre. Premier café-concert de l’ouest du Canada dédié au jazz, il a été ouvert en 1956 par un groupe d’amis musiciens. Sa réputation dépassait les frontières du pays. « La petite salle nichée au sous-sol d’un immeuble au coin de Main et Broadway affichait complet chaque week-end. L’ambiance était obscure, les lumières tamisées. Tout le monde fumait, accoudé sur des tables rondes en bois, un verre à la main, se remémore Bobby. Ce lieu de rendez-vous préféré des groupes avait l’habitude d’accueillir les vedettes du jazz. »
Vie de bohème
Si Vancouver a su briller dans l’univers du blues et du swing, c’est avant tout grâce à ses talents locaux à l’instar d’Eleanor Collins. Cette Vancouvéroise fut la première chanteuse noire à présenter une émission nationale de musique à la télévision – The Eleanor Show en 1955. Son succès l’a d’ailleurs amenée à être surnommée la « première dame du jazz de Vancouver ». Mais pour une grande partie des musiciens, rien n’était facile. La plupart menaient une vie de bohème, sans pouvoir vivre de leur art. « On devait se préparer à jouer tout et n’importe quoi pour survivre et continuer à faire du jazz pour le plaisir, explique Bobby Hales. Je me rappelle même avoir composé quelques morceaux pour un documentaire sur la vie sexuelle d’un poisson ! »
Avec le temps, l’engouement pour cette musique née aux États-Unis s’est atténué et le rock’n’roll a pris la relève. Mais aujourd’hui, l’esprit « jazzy » de Vancouver plane toujours. Fermé en 1963, The Cellar a rouvert ses portes il y a dix ans sur West Broadway. Cette nouvelle version du café-concert mythique continue à soutenir les musiciens. Quant au Vancouver International Jazz Festival lancé en 1985, il n’a rien à envier à celui de Toronto ou de Montréal. « C’est un événement fantastique qui rassemble des musiciens que nous n’avons pas la chance d’entendre habituellement, juge Bobby. Dommage qu’il ne dure qu’une semaine ! » ■
400 concerts en 10 jours
Le Vancouver International Jazz Festival célèbre cette année ses 25 ans. Il se déroulera du 25 juin au 4 juillet. Au total, 1 800 musiciens sont attendus et 400 concerts auront lieu à travers la ville. Petite sélection :
George Benson – Samedi 26 juin à 20 h au Queen Elizabeth Theatre. Tête d’affiche du festival, il a remporté dix Grammy Awards depuis le début de sa carrière. George Benson est notamment reconnu comme guitariste de légende et chanteur d’exception. Tarifs : 77 $, 72 $ ou 67 $.
Concerts de rues – Les 26 et 27 juin deux scènes gratuites seront installées dans le quartier de Gastown, sur Water Street, l’une au Maple Tree Square et l’autre près de l’horloge à vapeur. Au programme : du swing et du groove. Les représentations auront lieu de 13 h à 20 h.
Nikki Yanofsky – Samedi 3 juillet à 20 h au Queen Elizabeth Theatre. La jeune étoile montante du jazz, interprète de l’hymne des Jeux olympiques d’hiver I Believe, n’a que 16 ans. Son album Ella… Of Thee I Swing se place en tête des téléchargements dans la rubrique jazz au Canada. Lors de son concert, elle sera accompagnée de John Pizzarelli, chanteur et guitariste. Tarifs : 65 $, 60 $ ou 55 $.
Le jazz s’invite sur Granville Island – Les concerts gratuits débuteront à midi tout au long du festival sur la scène Free Market située entre le marché et False Creek. ■
Romain Desgrand


