Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Quand on ne peut pas tomber plus bas

Quand on ne peut  pas tomber plus bas

Projeté à la quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2009, puis au Festival International du Film de Toronto la même année,  La merditude des choses est présenté six jours d’affilée au Vancity Theatre à partir du 9 juillet. Un joyeux mélodrame dans la campagne flamande des années 1980.

Pourquoi aller à l’internat quand on peut vivre au sein de la famille Strobbe ? Gunther y a grandit avec ses trois oncles, son père et sa grand-mère, seul repère féminin dans un bateau qui a pris l’eau. Située dans un petit village de la Flandre belge, la maison familiale des Strobbe est un véritable fumoir inondé de bière où tout menace à chaque instant de dégénérer. Gunther, tantôt adolescent, affublé d’une coiffure « nuque longue » de circonstance dans les années 80, tantôt trentenaire, narre son parcours chaotique. Partagé entre la fierté d’appartenir au clan ultra-soudé dans la débauche des Strobbe et sa propre lucidité qui l’empêche de se fondre pleinement dans cette virilité suintant l’alcool. Les visiteurs ne restent jamais longtemps dans cette famille montrée du doigt comme une secte pathétique. L’honneur de la famille tient à un concours de descente de bière où le gagnant finit à l’hôpital. Le père de Gunther, Cel, personnage moustachu aussi attachant que répugnant, cherche à faire de son mieux sans jamais rien faire de bien.

La merditude des choses n’épargne rien du réalisme repoussant de la vie de cette famille filmée parfois de trop près. Les scènes de beuverie tirent volontairement sur la longueur et laissent en permanence craindre le pire. Les péripéties bouffonnes de ces personnages n’empêchent cependant pas leur drôlerie lorsqu’ils jouent par exemple aux fléchettes avec des queues de billard. Tandis que le jeune Gunther doit nettoyer le visage de son père endormi dans son vomi et appeler son employeur pour le prévenir qu’il ne travaillera pas aujourd’hui.

Adulte, Gunther se débat toujours avec la vie et rejette naturellement la paternité. Il se rêve écrivain, pourtant ses manuscrits sont rejetés les uns après les autres. En jouant sur deux niveaux d’écriture, le film alterne passé et présent et oppose ainsi deux rythmes qui ralentissent passablement le récit – permettant à l’occasion quelques pauses avec l’univers étouffant des Stroobe.

La fratrie semble s’inspirer en partie de l’idéologie punk, mais sans crêtes, sans futur et sans angoisse de la gueule de bois qui les guette chaque matin avant la nouvelle beuverie annoncée. Scrutés comme des demi-modèles par un adolescent perdu, ces anti-héros typés « chanteur de heavy metal » n’écoutent pas les Dead Kennedys mais Roy Gunter, l’auteur du tube Pretty Woman.

Adapté du roman à succès de Dimitri Verhulst, inspiré de sa propre expérience, ce troisième long-métrage du jeune réalisateur flamand Felix Van Groeningen met en scène avec délectation l’art de la décadence – car aussi tragique qu’il soit, il s’agit ici bel et bien d’un art. ■

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem