Être artiste implique souvent d’avoir un emploi pour subvenir aux besoins du quotidien tout en tentant d’avancer tant bien que mal dans sa carrière artistique. Un défi d’autant plus difficile que le budget dans le secteur des arts et de la culture a été amputé cette année de plusieurs millions de dollars.
Rares sont ceux qui réussissent à percer et à ne vivre que de leur art. Une situation encore plus difficile en arts visuels. Florence Debeugny est photographe et réside à Vancouver. Elle mène une double vie : la vie d’artiste, qu’elle aimerait décliner à temps plein, et la vie de comptable, pour s’assurer une certaine stabilité financière.
« Il me faut exercer un autre travail pour vivre. Du coup, je me retrouve parfois à faire de la comptabilité quatre à cinq jours par semaine, ce qui me donne donc beaucoup moins de temps pour avancer dans mes autres projets, confie-t-elle. Il est rare que j’obtienne un contrat pour lequel je suis payée correctement comme artiste. Cela m’est arrivé dernièrement avec Maillardville, 100 et plus. Et malgré cela, j’avais quand même besoin de continuer de travailler à côté », précise encore Florence.
Et le dernier budget provincial annoncé le 3 mars dernier n’a rien d’encourageant. Trois jours seulement après la clôture des Jeux olympiques, il a un goût amer pour le milieu artistique et culturel de la Colombie-Britannique.
Amir Ali Alibhai, directeur de l’Alliance pour les Arts et la Culture – organisme porte-parole du secteur dans la province –, déçu par les chiffres dévoilés, rappelle que la province n’a pourtant pas hésité à mettre en avant la scène artistique pour aider Vancouver à remporter le statut de ville hôte des Jeux d’hiver de 2010. « Le gouvernement a clamé haut et fort que la culture serait le deuxième pilier des Jeux. Nous espérions que Victoria continuerait à considérer ce secteur comme tel [après les JO, ndlr] », déplore-t-il. « Dans les faits, continue M. Alibhai, nous avons constaté une réduction du financement de base qui représente 32,4 % de moins par rapport au budget des arts de 2008-09. »
Cela avait pourtant bien commencé : des olympiades culturelles pour montrer au monde entier ce que les artistes du Canada sont capables de faire. Une belle vitrine sur trois ans dont 2010 était l’apogée avec la tenue des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver. Et puis, la province a annoncé un déficit budgétaire de 1,7 milliard de dollars, et Victoria a commencé à tronquer différents programmes. Le milieu des arts s’est mobilisé en nombre pour défendre sa cause dans les tables rondes du ministère, mais sans succès.
Un budget amputé
Le budget alloué aux arts et à la culture s’élève cette année à 46,1 millions de dollars. Pour la première fois, il inclut les 12,2 millions de dollars de budget de fonctionnement du Royal BC Museum, à Victoria. Une somme que la province rajoutait auparavant systématiquement au budget global.
Face aux critiques, le gouvernement se défend d’avoir réduit drastiquement le montant alloué et cite un nouveau financement annuel de 10 millions de dollars, appelé « legs olympique », pour les organismes artistiques et culturels. Cependant, les critères d’attribution ne sont pour le moment pas connus. Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Kevin Krueger, a déjà précisé que la majorité de cette somme serait attribuée à des programmes orientés vers le secteur jeunesse. La raison : cela répondrait au souhait d’impliquer davantage les jeunes dans le milieu des arts, une orientation qu’il aurait suivie après l’organisation par la province de tables rondes avec le secteur pour la préparation du budget. Amir Ali Alibhai considère cette place accordée aux jeunes importante. « Mais il semble que cet investissement se fasse au détriment des organismes artistiques pour adultes », déplore-t-il.
Est-ce qu’on pouvait s’attendre à de telles compressions ? La crise financière de 2008 n’annonçait rien de bon mais l’effervescence autour des Jeux olympiques et le discours rassurant du premier ministre en campagne électorale en 2009 ont pu tromper les esprits sur l’avenir des arts et de la culture dans la province.
Certains artistes peuvent éventuellement se déplacer dans le reste du Canada, là où les cieux – les gouvernements – sont plus favorables aux arts, comme par exemple au Québec. Mais qu’en est-il des compagnies de théâtre, des écoles de danse, des milliers de personnes qui ont fait de leur passion leur carrière professionnelle et qui ont construit leur vie dans notre province ?
Florence Debeugny, comme tant d’autres, devra garder son emploi de comptable tout en essayant de continuer à développer sa carrière artistique. ■
Saïda Ouchaou Ozarowski


