Du 21 avril au 3 mai a eu lieu dans la capitale fédérale La Scène Colombie-Britannique 2009, véritable happening qui regroupait pas moins de 600 artistes britanno-colombiens représentant toutes les disciplines, de la danse à la musique en passant par les arts visuels, la littérature et la gastronomie, avec 90 activités étalées sur 13 jours. L’Express du Pacifique était présent à ce festival hors du commun et vous en fait un compte-rendu.
Comment peut-on résumer un événement d’une telle ampleur autrement que par une description impressionniste et subjective ? Tout commence donc le 21 avril dernier à l’hôtel de ville d’Ottawa avec SWARM, fête des arts visuels de la Colombie-Britannique du début du XXe siècle à aujourd’hui. Celle-ci se déroule à travers les galeries ou musées de la ville participants que l’on découvre avec des navettes spécialement affrétées pour l’occasion. Au gré de sa fantaisie, on peut soit visiter des installations au Musée des beaux-arts, soit participer au Centre national des arts (CNA) au théâtre interactif intimiste des Bioboxes où, pendant sept minutes, un comédien ou une comédienne confronte son unique spectateur dans un face-à-face autour d’une histoire vraie sous une boîte en carton géante.
Au même endroit, on peut aussi assister à la performance époustouflante de Rebecca Belmore, sculptant devant nos yeux une magnifique reine des Premières nations en chair et en os avec des matériaux aussi insolites que le miel ou le papier journal. Si on a le temps, on peut s’attarder également à déguster les vins et la gastronomie britanno-colombienne.
Mais le véritable choc visuel, au point d’en avoir littéralement mal aux yeux devant un tel luxe de détails, se produit au Musée des beaux-arts avec les photographies hyperréalistes de Scott McFarland qui, dans La réalité aménagée, s’inspire de la complexité des jardins vancouvérois. Pour s’en remettre, l’antidote consiste à filer par l’autobus scolaire qui nous attend jusqu’à la galerie d’Ottawa, rue Daly. Là, on peut y admirer avec l’exposition Le dynamisme du rythme les magnifiques peintures abstraites des années 1950-1960, voire plus particulièrement celles de Toni Onley ou de Jack Shadbolt qui, à la façon des peintres québécois de la même époque, se sont laissés inspirer par les grands espaces d’un pays encore vierge.
Le 28 avril, petite incursion littéraire avec l’écrivain vancouvérois par excellence, Douglas Coupland, se livrant à nous à l’occasion d’une entrevue très personnelle. L’écrivain nous y parle, entre autres, de son amour pour cette ville si près de la nature, du livre qu’il est en train d’écrire sur Marshall McLuhan, ce visionnaire seulement accessible à qui peut penser par analogie. Autre perle, le non ferme de l’auteur de Génération X à l’intervieweuse de CBC le pressant par jeu d’accepter en cadeau un billet de loterie, au nom du principe qu’un homme doit être entièrement responsable de son destin.
Coup de cœur
Les jours suivants, ce sont les musiciens classiques que l’on célèbre avec, le 29 avril, les frères Parker nous offrant des pièces pour deux pianos d’une virtuosité sublime, dont les magnifiques Variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski. Du concert du 30 avril où Alain Trudel dirige l’orchestre du CNA dans des œuvres de compositeurs contemporains de Colombie-Britannique, nous retenons la création de Cobalt de Jocelyn Morlock, musique au lyrisme touchant mais pas démodé pour autant. Le lendemain, 1er mai, le CNA reçoit la visite du Vancouver Symphony Orchestra qui, sous la direction de son chef Brian Tovey, offre un Petrouchka de Stravinsky qui arrive à soulever le public ottavien normalement assez calme.
Le même soir, on a juste le temps de se rendre à la 4e salle pour assister à la seconde partie de Dances for a small stage mettant en vedette la relève, dont la jeune Cori Caulfield dansant à la façon d’un faune sur Clair de Lune de Debussy. Le lendemain, c’est la troupe du Wen Wei Dance qui, avec Cock-Pit, troublera le public avec ses quatre danseurs et sa danseuse emplumés nous offrant un jeu onirique et érotique assez équivoque. Et de passer encore à la 4e salle pour aller danser avec le public bigarré et donc très « C.-B. » du groupe Delhi 2 Dublin au nom explicite.
Mais notre vrai coup de cœur restera la chorégraphie Dark Matters de Crystal Pite, inspirée par le Poème sur le désastre de Lisbonne de Voltaire et par la matière noire des astrophysiciens, et que les festivaliers d’ici auront eu la chance de voir en avant-première alors que l’œuvre sera présentée aux Jeux olympiques d’hiver de 2010. En conclusion du spectacle, on voit simplement la danseuse retirer la combinaison de ninja qui couvre entièrement son corps, y compris son visage, sachant déjà que c’était elle qui faisait le montreur de marionnettes ou le négatif du danseur, voire plus simplement du fragile être humain que nous sommes. On avait en effet remarqué la mèche rebelle de cheveux blonds sortant de sa cagoule, avant qu’elle ne s’apprête à nous offrir en duo avec un danseur de la compagnie Kidd Pivot son hommage à l’amour et à la fragilité de l’existence sur une magnifique musique d’Eric Whitacre, Sleep.
Et c’est à Diana Krall qu’est revenu le privilège de conclure les festivités le 3 mai avec son tour de chant tout de simplicité.
► Info : www.bcscene.ca/fr


