Il était une fois deux nouveaux arrivants d’origine allemande, Gustav et Matilda Roedde, qui firent construire en 1893 une charmante maison verte sur la rue Barclay dans le West End de Vancouver. Ils y vécurent avec leurs cinq enfants et trois saint-bernard. La maison fut vendue en 1925 et aujourd’hui le Roedde House Museum se visite librement grâce à des descriptifs en français et en anglais accrochés aux murs de chaque pièce.
Car il s’agit bien d’un musée dont le but est de démontrer aux habitants de Vancouver comment vivaient les classes moyennes de l’époque. Pour cela, des meubles et des objets anciens sont répartis à travers la maison, le tout dans une atmosphère digne d’une visite dominicale chez grand-mère.
D’abord, il y a le tic-tac d’une horloge qui vous accueille dès les premiers pas dans l’entrée. Ensuite, un piano Steinway installé dans le salon, des vêtements de soirée pour dame étendus sur un lit et une bouilloire en cuivre servant à laver le linge dans la cuisine nous font prendre conscience d’une vie quotidienne bien différente de la nôtre.
Pareil pour les chambres des enfants où l’on découvre un ancien drapeau canadien, une édition d’Alice au pays des merveilles de 1922 et une collection de timbres. Un fauteuil de Matilda se trouve devant une fenêtre et son dé à coudre posé derrière une vitrine, deux pièces rares du musée ayant appartenu à la famille Roedde.
La plupart des objets sont en effet des donations ou des achats effectués par la Roedde House Preservation Society dont le rôle est d’interpréter l’histoire sociale de la maison et d’en préserver sa collection pour les générations futures. Un conseil d’administration de 12 membres gère l’entretien de la maison qui appartient à la ville de Vancouver depuis les années 1960.
À l’époque, la ville voulait démolir la maison et d’autres aux alentours afin d’y construire un jardin public. De nombreux habitants s’y sont opposés et après une longue bataille, l’intérieur de la maison fut restauré à son éclat d’origine à partir de 1984 et ouverte au public en 1990.
De plus en plus de visiteurs
Le travail de restauration fut de longue haleine car après le départ des Roedde en 1925, la maison fut convertie en pension pour locataires masculins. Lorsque les ouvriers commencèrent à remettre la maison en état, ils découvrirent des plinthes recouvertes de couches de peinture, des parquets encrassés et des murs couverts de papier peint. Une destinée bien triste pour une maison qui aurait été dessinée par Francis Mawson Rattenbury, l’architecte du parlement de la Colombie-Britannique et de l’hôtel Empress à Victoria. « Nous essayons aujourd’hui de terminer la restauration du cabinet de toilette de l’étage supérieur », explique Janet Bingham, vice-présidente du conseil d’administration du musée et auteur d’un livre sur son histoire.
Gustav Roedde, quant à lui, avait quitté son Allemagne natale à 17 ans afin d’éviter, dit-on, son service militaire obligatoire. Il s’était installé à Cleveland dans l’Ohio où il y avait rencontré Matilda qu’il épousa en 1883. Le couple, inquiété par la violence des syndicats américains, quitta la ville pour venir à Vancouver. Gustav, relieur et imprimeur de profession, ouvrit alors le premier atelier de reliure de la ville au 36 de la rue Cordova.
Chaque année le musée accueille de plus en plus de visiteurs. D’après Anthony Norfolk, président du Roedde House Preservation Society, 3600 personnes ont visité la maison en 2008. Il s’agit de touristes, de locaux et d’écoliers anglophones qui viennent découvrir l’histoire de leur ville. Le musée espère accueillir des enfants d’écoles francophones et d’immersion dès la rentrée scolaire 2009. ■
Philippe Moulier


