Le 3 octobre, une fresque d’images et de sons retracera les 100 ans de Maillardville à l’occasion d’un spectacle mis en scène par Isabelle Longnus. L’auteur-compositeur a voulu inviter sur scène des artistes des quatre coins du Canada, à l’image des pionniers qui ont forgé le petit village francophone.
L’Express du Pacifique – Comment vous-êtes vous mise dans la peau des pionniers de Maillardville pour créer cette fresque ?
Isabelle Longnus – Ça a été tout d’abord un travail d’historien. Il a fallu se mettre à bosser ! Parcourir le passé et les relations entre francophones, anglophones, Premières nations, Maillardville et Coquitlam. J’ai mis le nez dans les livres évidemment, mais j’ai aussi écouté le récit des anciens du village qui ont bien voulu me conter leurs anecdotes du passé. Je n’ai donc pas seulement suivi le cours linéaire et chronologique de l’histoire, mais j’ai découvert parmi ces gens toute la pudeur, l’humilité, le courage, la conviction et la volonté de garder leurs traditions. En tant que metteur en scène, je me suis donc attardée sur le travail des émotions, plus que sur les faits.
LEP – Quels points forts avez-vous voulu mettre en avant ?
I. L. – J’ai créé ce spectacle à la manière de différents tableaux vivants, par période de vingt ans. Tout commence en 1909 avec l’arrivée des pionniers à la gare de Fraser Mills, venus du Québec et de l’Ontario pour les premiers. Grâce à leur expertise dans le domaine du bois, on leur promettait un emploi assuré dans la plus grande scierie de l’Empire britannique, un hectare de terre, et du bois pour construire leur maison. Plus tard, des francophones du Manitoba, du Saskatchewan, du Nouveau-Brunswick et de Nouvelle-Écosse les rejoindront. On redécouvre ainsi leur installation, la création des écoles, des deux églises de Maillardville, des caisses populaires, qui marquent alors leur indépendance financière. Mais aussi des grèves marquantes ou la dégringolade politique. Nous nous déplaçons dans le temps jusqu’en 2009. Le rêve d’un village, chanson composée pour l’événement, va d’ailleurs suivre le déroulement du spectacle :
« Ils rêvent d’un village
D’une cour d’école pour leurs enfants
Un clocher pour les mariages
Les pionniers…
Dans la forêt d’une vallée lointaine
Au-delà des monts et des plaines
Chante l’aventure d’un ailleurs
Pour un hectare de terre
Ils partiront jusqu’à l’autre mer
Des promesses plein le cœur…»
LEP – Et le Père Maillard dans tout ça ?
I. L. – Edmond Maillard était le premier curé de Maillardville, arrivé de France sur les terres de Colombie-Britannique en 1908 comme missionnaire. La religion occupait à l’époque une place prépondérante parmi les pionniers. Il a beaucoup œuvré pour la communauté : notamment, il ne voulait pas parquer les gens dans des lotissements, afin d’éviter certains maux sociaux comme l’alcoolisme. Il a donc décidé de construire un vrai village, qui sera baptisé en son honneur. Mais il retournera rapidement en France enseigner dans une école franco-canadienne. Ce n’est donc pas son histoire que l’on veut raconter, au grand dam de ses anciens étudiants qui se déplaceront pour l’événement ! Toutefois, nous avons trouvé un parfait comédien pour ce rôle. Un jeune Montréalais à l’accent parisien de la Sorbonne, comme le Père Maillard !
LEP – Qui vont alors être les acteurs de ce spectacle ?
I. L. – Nous allons avoir sur scène près de 80 artistes. C’est un spectacle de variétés, multidisciplinaire, sous la direction musicale d’Alain Leblanc, qui comprend un orchestre – un super défi puisque les musiciens ne se connaissent pas encore ! – de la danse contemporaine, des images, du théâtre, des chanteurs francophones.
LEP – Justement, comment avez-vous fait votre choix ?
I. L. – Comme les pionniers venaient de partout au Canada, j’ai cherché des artistes francophones qui nous ramènent aux racines de leur province, et dont les chansons illustrent le courage ou l’amour dont faisaient preuve les habitants de l’époque. Par exemple, Lennie Gallant, qui nous vient de l’Île-du-Prince-Édouard, nous apportera le souffle de l’autre mer. Lucille Starr, énorme vedette des années 60 en musique country, symbole de réussite et petite-fille de pionniers, reviendra de Las Vegas pour l’occasion. Mais aussi Rhéal Poirier, Danielle Hébert, ou encore la chorale Les Échos du Pacifique. Ce sera donc varié, folk et rock. Le but étant que chacun garde sa personnalité, son répertoire. Mais tous ensemble, ils créeront une unité. Tout cela représente une année de projet, pendant laquelle les artistes ont travaillé chacun de leur côté, de manière à conserver leur identité musicale. C’est un peu comme un puzzle que l’on assemblera seulement quelques jours avant le spectacle !
Sophie de Kepper





