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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Les racines vancouvéroises d’une icône

Les racines vancouvéroises d’une icône

Jimi Hendrix. L’écho de ce nom renvoie tous les esprits à Seattle, la ville industrielle qui l’a vu grandir et qui lui a consacré un musée. Beaucoup méconnaissent les autres attaches de la légende du rock’n’roll. Une histoire de famille étroitement liée à la province. À l’occasion des 40 ans de sa disparition, retour sur le lien que l’homme-guitare entretenait avec Vancouver.

1910. Nora et Bertram Philander Ross Hendrix, jeune couple noir américain, font partie d’une troupe artistique qui donne des représentations le long de la côte ouest des États-Unis. De music-hall en music-hall, la compagnie échoue à Seattle où elle fera faillite. Les Hendrix posent alors leurs valises à Vancouver et s’y installent pour ne jamais repartir. En quelques années ils mettront au monde quatre enfants, dont Al, dernier de la fratrie, père du futur poète psychédélique.

Bertram et Nora Hendrix deviennent deux figures majeures de la petite communauté noire locale, notamment à travers leur participation à la création de la première église noire de Vancouver. Au 823 Jackson Avenue dans le quartier de Strathcona, la Fountain Chapel appartient aujourd’hui à des particuliers. L’an dernier, la petite église, gérée par un courant chrétien asiatique, faisait encore sonner ses cloches tous les dimanches. Elle a de nouveau été mise en vente il y a quelques mois.

À l’époque, la famille vivait dans de très modestes conditions. Le père travaille de longues heures comme serveur au Quilchena Golf Club de Richmond. Les petits boulots de Nora permettent d’arrondir un peu les fins de mois. Les Hendrix déménagent régulièrement. Du 2225 Triumph Street au 1343 Richards Street, ils mènent une vie assez tranquille. En 1936, deux ans après la mort du père, Nora et ses enfants s’établiront au 827 Georgia Street, adresse la plus connue des initiés. Le quartier est mal famé, centre névralgique de la prostitution et de la contrebande vancouvéroises – les locaux le surnomment « Vancouver’s square mile of sin » (le secteur vancouvérois du péché).

1940. Al ne se sent pas bien à Vancouver. Musicien raté, il a du mal à gagner sa vie et sera tour à tour danseur, paysagiste et boxeur. Décidé, il part pour Seattle avec 39 dollars en poche. Les petits boulots s’enchaînent aussi là-bas, mais il rencontrera bientôt la mère de Jimi Hendrix, Lucille Jeter. En 1942, le couple donne naissance à celui qui deviendra une rock star. À Seattle, la vie n’est pas facile pour les jeunes parents. Al est enrôlé dans l’armée.

À son retour 3 ans plus tard, rien n’est plus pareil. La petite famille loue une chambre miteuse au Golden Hotel à Seattle dans un quartier pauvre. Lucille aura plusieurs enfants hors mariage, que le père de Jimi accueillera au sein du foyer familial. Souvent en déplacement, Al se rend compte un peu tard des négligences de sa femme. Les enfants souffrent de malnutrition. Le couple divorce en 1949.

En juin, Jimi et son demi-frère Léon sont envoyés chez Nora à Vancouver. Ils y passeront l’été et Jimi entamera sa première année de scolarité à Sir William Dawson Annex sur Burrard, la même école que son père. Jimi est très proche de sa grand-mère paternelle, il ira souvent lui rendre visite à Vancouver. Toute sa vie, il entretiendra une relation intime avec elle. Elle influencera l’homme et surtout l’artiste en lui transmettant l’amour de la scène et le goût pour les costumes flamboyants. Le titre Foxy Lady lui est dédié.

1960. Le gaucher est devenu un artiste mûr. Lors de ses haltes à Vancouver, il joue au Dante’s Inferno avec Tommy Chong et Bobby Taylor. Il martyrise aussi sa guitare au Smilin Buddha Cabaret situé au 109 East Hastings. Trop, apparemment, car on l’aurait viré à cause du bruit assourdissant de sa musique. Malgré les tentatives, l’artiste passe inaperçu à Vancouver. Son père lui aurait alors dit : « Les gens d’ici n’aiment pas le blues. Ne perds pas ton temps ». Peu après, il partira pour l’est des États-Unis où il entamera une tournée musicale le long du Chitlin’ circuit avec son ami Billy Cox, rencontré à l’armée. La consécration n’est pas loin et tout s’enchaîne.

Cette histoire-là, tout le monde la connait : son apport au rock psychédélique, la fondation de son groupe mythique, leur unique concert à Vancouver en 68, la drogue, Woodstock et une mort survenue trop tôt, à l’aube d’un succès planétaire. Quarante ans après, son parcours est toujours impressionnant. La première idole noire des Blancs a révolutionné l’usage de la guitare électrique et a influencé en profondeur le rock et le jazz contemporain. Il vend toujours des disques. Un million ont encore été écoulés l’an dernier. ■

La vraie fausse histresto-nora-hendrixoire du restaurant de Nora Hendrix

À l’entrée de Chinatown, au 207 Union Street, un petit bâtiment de briques attire l’attention des passants. Décoré de couleurs psychédéliques, il est bordé d’un minuscule terrain qui héberge un autel dédié à Jimi Hendrix. Entre les années 50 et le début des années 80, l’habitation est censée avoir abrité le Vie’s Chicken and Steak House Cafe.

Si vous êtes chanceux, Vincent Fedora, le propriétaire, vous fera une visite guidée des lieux en vous assurant que le restaurant en question appartenait à Nora Hendrix, la grand-mère paternelle de l’homme-guitare. Lui-même ne s’en doutait pas jusqu’en 2003. En visitant le musée Experience Music Project de Seattle, il est tombé sur une carte postale envoyée par le petit-fils à sa grand-mère, adressée au 207 Union Street, Vancouver, BC.

Les légendes urbaines naissent uniquement parce que l’on veut y croire. Et à l’époque, la presse locale publie plusieurs articles pour raconter cette histoire étonnante. L’an dernier, Fedora a fait rénover l’endroit à la mémoire de l’idole. Il organise des visites gratuites pour les touristes.

Ne lui dites surtout pas que si le restaurant a bien existé, il appartenait à Viva Moore et que Nora y aurait seulement travaillé comme cuisinière quelques temps. Autre petit détail éludé de l’histoire, le Vie’s Cafe ne se trouvait pas au 207 mais au 209 Union. Ce qui est aujourd’hui la propriété de Vincent Fedora n’était que la voisine du Vie’s. Le bâtiment qui hébergeait le restaurant touchait son mur est. Il a été détruit il y a une vingtaine d’années. ■

Fanny Abes

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