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Vendredi 24 mai 2013

Les chaussures de Vancouver, toute une histoire

Les chaussures de Vancouver, toute une histoire

Jusqu’au 26 septembre, le musée de Vancouver consacrera une exposition temporaire à… des chaussures. Mais pas n’importe lesquelles : celles de la marque vancouvéroise John Fluevog Shoes qui fête cette année son 40e anniversaire.

Le titre de l’exposition, « Fox, Fluevog & Friends: The story behind the shoes » suggère que les créations de Peter Fox, John Fluevog et Ken Rice cachent une histoire. Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité des fashionistas. Mais ce serait une erreur de croire que l’exposition ne s’adresse qu’aux fanatiques de mode. Des années 70 à nos jours, elle dévoile l’âme d’un Vancouver avant-gardiste, créatif et provocateur.

Organisée chronologiquement, l’exposition relate la rencontre des trois hommes et dépeint leur personnalité à travers leurs œuvres. Des textes, des photos, des vitrines de chaussures et diverses archives retracent 40 ans de création. On retiendra notamment le document intitulé Les 10 Commandements de Fluevog Shoes, sur lequel figurent les règles régissant la conduite des employés, le tout avec humour et professionnalisme. L’exposition donne ainsi corps à la marque et met en relief l’histoire de la confection artisanale à Vancouver.

En 1969, Peter Fox, employé de la boutique de chaussures Sheppard’s, embauche le jeune vancouvérois John Fluevog en tant que vendeur. Les deux hommes se connaissaient déjà et ce n’est qu’un an plus tard qu’ils décident d’ouvrir leur propre boutique. L’affaire est rapidement conclue : ils empruntent de l’argent au père de John, trouvent un local au cœur de Gastown, et s’établissent avec la bénédiction de Marshall Sheppard, leur ancien employeur. Leurs chaussures sont toujours fabriquées à la main dans des usines à taille humaine. À cette époque, le quartier du vieux Vancouver est en pleine effervescence et voit s’installer nombre de petits commerces de textiles ou de décoration.

En 1972, les deux créateurs requièrent les services de l’artisan et artiste Ken Rice, spécialisé dans le travail du cuir. C’est en partie grâce à son expertise que Fox & Fluevog commercialise dans les années 70 des chaussures à plate-forme en cuir. On connaît aujourd’hui un retour de ce type de souliers, mais les modèles produits par les créateurs vancouvérois font preuve d’une extravagance bien de son temps. Peter Fox et Ken Rice vont pourtant rapidement quitter la marque. Peter ouvrira sa boutique à New York à la fin des années 70. À cette époque, la demande de chaussures à plate-forme diminue et Ken décide aussi de créer sa propre collection. Bien que les trois associés se soient séparés, ils continuent à collaborer pour produire des modèles plus fantaisistes les uns que les autres.

Créateur de génie

John Fluevog a toujours eu la plus grande influence sur la marque et sur son développement. Au tournant des années 80, la concurrence des producteurs à la chaîne s’accentue. Il décide de se différencier et mise sur deux de ses atouts : sa marque et son talent de créateur. Il se forge ainsi une image totalement décalée. Les chaussures qu’il produit sont marquées à son nom. Les acheteurs, sensibles à son univers et son originalité, le lui font savoir. Cela encourage John à établir une véritable collaboration avec ses clients.

Depuis 1984, il a mis en place un bon nombre de concours d’art et de stylisme sur la chaussure. John Fluevog a ainsi construit une véritable communauté dont les membres sont baptisés les « Fluevogers ». D’ailleurs, si l’inspiration vous vient, vous pouvez crayonner une chaussure sur un pan de mur de l’exposition. Les plus modernes enverront quant à eux leur vision du prochain modèle Fluevog sur le site Internet de la marque.

John a su rester au cœur des tendances et grâce à son culot, il devance souvent la mode. Justement, l’audace de ses créations en fait des chaussures difficiles à porter dans la vie quotidienne, mais parfaites pour des styles extrêmes, et notamment dans le milieu du spectacle. Des plates-formes gigantesques type années 70 aux bottes gothiques, en passant par les chaussures disco, Fluevog s’est inspiré des styles de chaque époque en les sublimant.

Les Fluevogers comptent parmi leurs membres Madonna, Kim Gordon du groupe Sonic Youth, ou Jack White des White Stripes – qui a l’honneur d’avoir une paire à son nom. Les chaussures de ce dernier sont d’ailleurs exposées au musée dans la vitrine subtilement intitulée « These Shoes Rock ». En restant à l’affût des tendances observées dans les rues de Vancouver, en écoutant ses Fluevogers, et en poussant son génie créatif au-delà de ses limites, John Fluevog a généré un véritable mythe qui garde cependant ses distances avec la consommation de masse.

L’exposition met sur le devant de la scène la créativité du milieu de la mode vancouvérois. Avec « Fox, Fluevog & Friends », l’objet banal et quotidien qu’est la chaussure devient presque une œuvre d’art. Finalement, Gastown et Vancouver dans son ensemble renferment bien des surprises. Et comme John Fluevog avait l’habitude de le dire : « You may not like these shoes – too bad. I do ». (Vous pouvez ne pas aimer ces chaussures – dommage, moi oui.) ■


Marina Jolly

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