Pour cette 24e édition du Vancouver Jazz Festival, la ville reçoit le phénomène québecois The Lost Fingers, un trio fantaisiste et génialement anachronique. Séduisante et improbable rencontre entre l’héritage de Django Reinhardt et les succès des années 80, le mélange prend et séduit tous les publics.
Christian Roberge et Byron Mikaloff, 33 ans chacun, sont deux copains musiciens depuis leurs années au Conservatoire de Québec. Un jour de 2006, ils s’en vont donner une représentation de jazz manouche, un style qu’ils vénèrent et avec lequel ils s’amusent sans cesse, inspiré de leur maître à penser, Django Reinhardt. Ils ont pour habitude de faire swinger les bars, les petites scènes, les mariages. Sur la route, un vieux tube de Samantha Fox – Touch Me, sans doute le plus connu de la chanteuse anglaise – passe à la radio. Ils s’arrêtent un instant dans une station-service. Byron fait le plein, règle sa note, et retrouve Christian dans la voiture, guitare à la main. Que grâce soit rendue à Samantha – cette icône de la pop des années 80 vient de fournir au jeune musicien sa source d’inspiration : un mélange anachronique qui ressort d’outre-tombe les plus gros succès de cette décennie adaptés à la guitare tzigane.
« Nous sommes les premiers à revisiter une époque au complet sous l’influence du jazz manouche, assure Byron. On a trouvé notre créneau, ce n’est pas donné à tous les musiciens. Mais c’était une idée de fou !, s’amuse-t-il encore à raconter aujourd’hui. C’est assez comique, et au final ça donne une musique un peu farfelue. Mais on s’éclate, et c’est un concept qui marche, qui plaît aux gens. »
Leur troisième comparse, Alex Morissette, 26 ans, contrebassiste et ancien étudiant de jazz à l’université de Laval, les rejoint immédiatement dans l’aventure. Ensemble, ils mêlent leurs voix et leurs cordes, et fondent The Lost Fingers.
Parodie ? Ironie postmoderne ? En tout cas, pas de doute, ces trois-là s’en donnent à cœur joie depuis. Leur premier opus, Lost in the 80s, sort en mai 2008. Deux mois plus tard, il est déjà disque de platine, et l’album le plus vendu au Canada sur le reste de l’année. Les salles de concert se les arrachent, ils sont nominés aux Juno 2009 dans deux catégories (choix des fans, album de l’année), participent au Festival international de Jazz de Montréal, s’étendent désormais en dehors du Québec et envahissent avec succès les États-Unis, la France, la Belgique, l’Espagne, la Pologne et le Mexique.
Oreilles déboussolées
Si les années 80 ne sont pas, à l’origine, leur domaine de prédilection, ils n’hésitent pas à se vêtir d’un cocktail de couleurs vitaminées avec costumes et cravates argentés, assortis de chemises rose fushia, égayé encore davantage par des lunettes kitsch dignes de la mode de l’époque. Le tout pour réinterpréter des monuments de la chanson qui ont fait vibrer les jeunes en jean remonté sur les hanches, accoutrés d’une veste en strass.
Au premier abord, on se laisse porter par ces quelques notes à deux temps, propres aux rythmes manouches, qui sonnent comme une ballade à la Django. Emmenée par une traditionnelle guitare Selmer, la voix chaude de Christian vient se poser sur la musique, accompagnée des chœurs interprétés par Byron et Alex. Puis, l’instant d’après, notre oreille se sent complètement déboussolée lorsqu’elle reconnaît les airs de Billie Jean de Michael Jackson, Careless Whisper de Wham!, Part-Time Lover de Stevie Wonder, ou encore Pump Up the Jam de Technotronic, pour ne citer qu’eux.
Le 26 juin, le trio s’aventurera en terrain inconnu lors du Festival international de jazz, devant un public vancouvérois qui ne les a encore jamais reçus. « On espère avoir la même réaction qu’ailleurs, souhaite Byron. De toute façon, ce sont des tubes qui ont fait planer toute une génération, donc on est confiants. »
On aura peut-être d’ailleurs la chance d’y entendre un aperçu de leur deuxième album, Rendez-Vous Rose, sorti le 22 juin au Québec. Le disque rassemble cette fois-ci des titres francophones des années 80. Vanessa Paradis, Francis Cabrel, La Compagnie Créole ou encore Plastic Bertrand, entre autres, y sont mis à l’honneur.
Sophie de Kepper
The Lost Fingers, en concert au Performance Works (1218, Cartwright sur Granville Island), vendredi 26 juin à 21 h.
Tarif : 25 $.
Renseignements et réservations sur www.coastaljazz.ca


