Jeudi 9 septembre 2010

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Lundi 13 septembre 2010

Le « Rocket » : de la patinoire au musée

Le « Rocket » :  de la patinoire au musée

Le Nanaimo Museum accueille jusqu’à la mi-octobre une exposition consacrée à Maurice Richard. L’occasion de se plonger dans la carrière d’un des plus grands joueurs de l’histoire de ce sport national à quelques semaines de la reprise de la Ligue nationale de hockey.

Qu’une exposition itinérante consacrée à Maurice Richard fasse escale dans
la cité portuaire de Nanaimo peut a priori surprendre : l’ancien ailier droit des Canadiens de Montréal a certes eu une carrière bien remplie, mais sa notoriété se concentre essentiellement au Québec.

Le public est pourtant au rendez-vous dans le musée de la ville. « Près de 250 personnes sont venues voir l’exposition lors de la première après-midi, se réjouit Debbie Trueman, directrice du musée de Nanaimo. Nous avons réservé cette exposition il y a deux ans pour notre nouvel espace consacré aux expositions itinérantes et ajouté lors de notre déménagement au Vancouver Island Conference Centre. Comme c’est un sport très populaire, je ne doutais pas que les amateurs de hockey sur glace, mais aussi d’autres curieux, seraient nombreux à visiter l’exposition. »

À la fois en anglais et en français, « Rocket » Richard – Une légende, un héritage, réalisée par le Musée canadien de la civilisation, s’adresse en effet à tous les publics : des férus de hockey souhaitant revivre cette riche carrière aux non-initiés voulant comprendre comment un sportif a fait bien plus que marquer de mémorables buts, en passant par des enfants à la découverte d’une partie de l’histoire du Canada.

Au-delà du hockey

L’exposition commence devant une photo grand format, un cliché montrant une foule impressionnante autour du cercueil du champion lors de ses obsèques en mai 2000. Le « Rocket » était-il seulement un joueur de hockey ? L’exposition répond immédiatement, peut-être trop vite, par la négative en évoquant rien de moins qu’une légende admirée par des générations de Canadiens.

Un des épisodes marquants de sa carrière, l’« émeute Maurice Richard » est ainsi citée comme l’une des causes de la Révolution tranquille du Québec, la période de modernisation rapide mais aussi de regain d’identité de la Belle Province. Le joueur est devenu la fierté et, un peu malgré lui, l’icône des francophones qui se sentent dominés économiquement et politiquement par les anglophones. Aussi, quand le « Rocket » est suspendu en mars 1955 pour le reste de la saison après une bagarre lors d’un match durant lequel il a frappé un arbitre, ses supporters crient à l’injustice en estimant que le canadien-français a été sanctionné bien plus sévèrement que ne l’aurait été un anglophone. « Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent », dira le chansonnier et écrivain québécois Félix Leclerc. Lors du match suivant, les partisans des Canadiens de Montréal s’en prennent à Clarence Campbell, le président de la Ligue nationale de hockey. La patinoire est évacuée, mais une émeute se déclenche dans le quartier. L’exposition présente des coupures de presse de l’époque qui aide le visiteur à sentir la tension monter jusqu’à l’appel au calme lancé par Maurice Richard lui-même.

Une légende, un héritage expose quatre-vingt-dix objets retraçant la carrière du « Rocket », comme son dernier chandail bleu, blanc, rouge aux couleurs des Canadiens de Montréal et orné de son fameux numéro 9, ou l’exemplaire orignal du discours annonçant qu’il prenait sa retraite (« Aujourd’hui, je prends la décision la plus difficile de ma vie, mais je n’ai pas le choix. Ça fait deux ans que je pense à la retraite à cause de mes nombreuses blessures »). Patins, crosses, rondelles, trophées et autres produits commerciaux utilisant l’image du joueur tels un emballage de pain ou un paquet de céréales : plus de la moitié des pièces proviennent de la collection Maurice Richard rachetée par le Musée canadien des civilisations.

Au milieu des caricatures en dessins ou en chansons, des documents vidéos et sonores bilingues font revivre, via le récit de ses co-équipiers ou adversaires sur la glace, ou directement par des images d’archives, les meilleurs buts du « Rocket » parmi les 544 qu’il a inscrits au cours de sa carrière (soit 978 matchs, sans compter les 133 matchs de séries de fin de saison où il a inscrit 82 buts).

Le visiteur a parfois l’impression que l’exposition tombe dans la glorification d’un joueur adulé à Montréal mais détesté chez ses adversaires de Toronto, en éludant ses parts d’ombre et ses défauts, comme sa légendaire nature colérique.

L’exposition raconte la genèse de son surnom de « Rocket », que l’on pourrait traduire en français par « la Fusée » ou « la Comète ». Toujours prêt à foncer vers le filet dès qu’il prend le contrôle du palet avec sa crosse, Maurice Richard le doit à Ray Getliffe, un co-équipier des Canadiens de Montréal, qui s’exclame lors d’un entrainement : « Wow, Richard a pris la rondelle [le palet] et est parti comme un rocket ». L’expression est reprise par un journaliste puis par tous ceux qui parlent du champion au style de jeu si spectaculaire. Elle est toujours utilisée aujourd’hui pour désigner celui que certains considèrent comme le plus grand hockeyeur de toute l’histoire de la Ligue nationale.

Baptiste Cordier

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