Après sa consécration à Cannes, Un prophète de Jacques Audiard, déjà présenté en octobre dernier au Vancouver International Film Festival, est à nouveau diffusé le 5 décembre à la Pacific Cinémathèque. Une séance de rattrapage à ne pas manquer.
Un prophète met en scène un jeune homme de 19 ans condamné à une lourde peine de prison. Un petit malfrat analphabète perdu du nom de Malik. Sans défense dans un univers où pour survivre il a besoin des autres, il doit rapidement choisir son camp, et se voit forcé de s’associer au clan des Corses de la prison. S’en suit alors une curieuse association avec leur chef, César Luciani, qui devient pour Malik un « père » influent et autocrate. Au cours de ses missions pour le compte de César, Malik développe ses réseaux pour peu à peu s’imposer comme un leader, le seul maître à bord, hanté par le fantôme de son crime, devenu son compagnon de cellule.
Pour son cinquième long métrage, Jacques Audiard – qui réalise seulement un film tous les cinq ans – a créé un cadre noir haletant, un thriller génial aux antipodes du conte social, genre dominant du cinéma français. Si le huis clos de la prison est pesant et filmé de façon ultra-réaliste, la narration se concentre sur l’action, laissant finalement très peu de place à la description. Jacques Audiard et ses scénaristes ont déclaré dans une note d’intention avoir souhaité créer des héros à partir de figures inconnues au cinéma – ici des Arabes – pour aller à l’encontre des personnages habituellement représentés. « Nous voulions faire un pur film de genre, un peu à la manière du western qui a mis en lumière des visages que l’on ne connaissait pas et qui les a transformés en héros. »
Le réalisateur, à travers le personnage de Malik, met à mal le standard du héros beau garçon policé. Malik n’aime pas les malfrats mais n’hésitera pas à en devenir un par opportunisme : « On observe un cerveau en action, un cerveau qui donne des preuves d’adaptabilité phénoménale. [...] Survivre pour ensuite améliorer son sort et enfin accéder à un autre niveau, au pouvoir. »
Si l’acteur principal, Tahar Rahim – totalement inconnu –, se réclame notamment d’Al Pacino, son personnage n’est pas sans rappeler Tony Montana dans Scarface : l’ascension fulgurante du petit délinquant sans famille issu de l’immigration qui tire profit d’expériences traumatiques pour atteindre des sommets. Pour Audiard, l’ironie du film réside dans la construction du personnage qui ne serait finalement rien sans la prison.
Un prophète, qui a reçu le Grand Prix du Jury à Cannes, a été ovationné lors de sa première présentation et acclamé par l’ensemble de la presse française. Il a par la suite été choisi pour représenter la France aux Oscars dans la catégorie « films étrangers ». Quasiment inconnu en Amérique du Nord, le réalisateur de De battre mon cœur s’est arrêté pourrait, avec ce film sombre, puissant et imprévisible, commencer enfin à faire parler de lui.
Charlotte Houang
Un prophète, de Jacques Audiard, le 5 décembre à 18 h 30 à la Pacific Cinémathèque (1131 Howe, Vancouver), dans le cadre du European Union Film Festival. Info : www.cinematheque.bc.ca


