Du 20 janvier au 6 février, l’édition 2010 du Festival international de prestations artistiques PuSh nous promet créativité et originalité. Du théâtre, de la danse, de la musique et des arts plastiques pour nous faire partager l’univers d’artistes venus des quatre coins du monde.
Quand horreur et réalité ne font qu’un
Un homme, des marionnettes, un ventriloque et un tueur en série font de Jerk une pièce inquiétante et passionnante.
Années 70. Plus de 25 adolescents sont massacrés au Texas par Dean Corll et son complice David Brooks. Profondément marqué adolescent par cette affaire qui secoue l’Amérique, Dennis Cooper, écrivain américain sulfureux, écrit au début des années 1990 une nouvelle plus tard adaptée en pièce de théâtre. « J’ai voulu créer une histoire où l’un des ados qui aidait Corll à tuer ses victimes se retrouve en thérapie et raconte ses crimes au travers d’un spectacle de marionnettes… Je pensais que c’était une idée amusante. » Une idée reprise en 2008 par la Française Gisèle Vienne. Chorégraphe depuis dix ans et marionnettiste de profession, elle se passionne très jeune pour les objets anthropomorphes. « Je connaissais peu la marionnette, mais j’étais passionnée par les mannequins, poupées, tous les dérivés finalement de représentation du corps humain. » En 1996, elle intègre l’unique école des arts de la marionnette en France où elle rencontre à cette occasion le futur interprète de Jerk, Jonathan Capdevielle. Après avoir étudié la philosophie et la musique pendant plusieurs années, elle choisit la mise en scène, l’art pluridisciplinaire par excellence « qui rassemble tout ». Elle décide de contacter Dennis Cooper via courriel, alors installé en Californie. L’écrivain, d’abord intrigué, finit par déménager à Paris. À ce jour, le duo a créé quatre spectacles, plus une pièce radiophonique.
Personnage inquiétant
Le marionnettiste, comme le décrit Gisèle Vienne, est perçu dans l’imaginaire collectif comme « inquiétant, fou et bizarre ». Jerk ne redorera pas l’image de ce dernier. Pour la pièce, elle choisit un type bien particulier de poupées : les marionnettes à gaine, conçues généralement pour habiller le bras du manipulateur. « Elles étaient beaucoup utilisées pour interpréter des textes subversifs mais ont servi au fur et à mesure à des prestations plus édulcorées explique Gisèle. J’ai pensé qu’elles étaient les mieux adaptées pour retranscrire le texte de Denis Cooper ».
Jonathan Capdevielle s’est révélé être un choix évident. Sa prestation dans Jerk en a d’ailleurs soufflé plus d’un. Notamment lors d’un étrange monologue de fin. « Je lui ai demandé d’apprendre la ventriloquie, ce qui l’a un peu contrarié au départ », se souvient-elle. « Car si le marionnettiste a une image particulière, le ventriloque est encore plus bizarre ». Un nouvel art déconsidéré qui intéresse Gisèle mais effraie Jonathan lorsqu’il participe « entouré d’étranges individus » à son premier atelier à Paris. Il lui faut pourtant moins d’un an pour faire parfaitement parler son ventre.
La pièce de théâtre reçoit un accueil inattendu. Présentée pour la première fois en février 2008 dans l’ouest de la France, Jerk s’exporte à Paris puis en Europe. C’est le plus grand succès de la chorégraphe à ce jour qui voyait pourtant dans le sujet macabre abordé un frein à la réussite du spectacle. « Je me trompe toujours. Je pensais que ça ne marcherait pas du tout, que c’était trop atroce, trop frontal. Évidemment il est arrivé que quelques personnes quittent la salle, mais beaucoup ont adhéré, grâce à l’empathie créée au départ par le personnage ». ■
Charlotte Houang
Jerk, du 21 au 24 janvier à 20 h au VIVO Media Arts Center (1965 Main Street, Vancouver).
Billets de 24 à 30 $ à l’avance via www.ticketstonight.ca et de 26 à 32 $ sur place.
La pièce dont vous êtes le héros. Chaque siège de la salle de spectacle équipé d’une manette de jeu et connecté à un écran géant. Un public qui invente une société virtuelle, avec ses codes, son urbanisme, son fonctionnement. L’individualité de deux cents spectateurs qui s’additionne pour créer une œuvre unique. Un concept innovant de la pièce Best Before dont la ville imaginée ne sera réelle que l’espace d’un instant. Aucune des représentations ne sera donc la même. Le public et la scène ne sont jamais séparés dans le travail du collectif de théâtre Rimini Protokoll, originaire de Berlin.
Fanny Abes
Best Before, du 29 janvier au 6 février au Cultch à 19 h, deux représentations les week-ends à 16 h et 19 h.
Billets à 27 $ et 40 $ au 604-251-1363 ou sur www.thecultch.com.
Retrouvez la suite du dossier içi : http://www.lexpress.org/culture/festival-push-2



