L’union musicale de Justin Adams et de Juldeh Camara est un mariage heureux qui continue à faire des petits. Les deux artistes ont sorti cette année leur deuxième album, Tell No Lies, et font la tournée des festivals avec un arrêt à Vancouver le 17 juillet. Amateurs de musique du monde, voilà un événement à ne pas manquer.
Justin Adams, guitariste de Robert Plant, ne cesse de se mouiller artistiquement. Cet Anglais est également le producteur de Lo’Jo et de Tinariwen, des groupes de renommée internationale. En retrouvant son partenaire gambien Juldeh Camara, Justin Adams ne cache pas que leur complicité musicale ne fait que se renforcer.
Dès son premier disque, Soul Science, le duo a rencontré un succès retentissant, salué entre autres par le BBC World Music Award en 2008. Dans ce deuxième opus, Tell No Lies, il reste fidèle au concept qui a fait son succès et joue des reprises de Bo Diddley à Muddy Waters, avec des rythmes et des mélodies africaines. Adams accompagne de sa guitare électrique Juldeh Camara, griot peul de père en fils et maître dans l’art du riti (violon à une seule corde) et du kologo (banjo à deux cordes). Leur association, c’est la fusion des sons les plus authentiques de la musique africaine de la côte ouest et de l’esthétique gnawa avec le Chicago blues, le son punk de Londres et le rock des studios Sun.
Lorsque Juldeh Camara débarque en Angleterre en 2006, il a déjà entendu la musique de Justin et sans hésiter, il décide de l’appeler. Et c’est par téléphone que la première connexion musicale se fait. Depuis, Juldeh et Justin s’enthousiasment dans des sessions jam à n’en plus finir où les mots font place aux sons.
Proximité musicale
Ces deux hommes étaient faits pour se rencontrer. Fils d’ambassadeur, Justin Adams reprend la tradition paternelle en devenant lui-même ambassadeur de la musique dite world, et il s’attache depuis toujours à mélanger son rock à d’autres influences. De son côté, Camara a grandi en apprenant de son père la tradition griot, colportant la mémoire de ses ancêtres au travers de ses instruments. Il tire de son riti, ancêtre du violon, les sonorités tantôt d’un harmonica blues, tantôt d’une harpe venue du fond des âges. Mais il est aussi capable d’improviser des chansons dans n’importe quelle situation ! Son héritage culturel a forgé chez lui une spontanéité dans l’art de raconter en musique.
D’ailleurs, pour Justin, c’est une qualité qu’il apprécie dans leur travail de création. « De temps en temps, Juldeh a un morceau et je propose alors un rythme », explique-t-il au bout du fil depuis l’Angleterre. « Mais généralement, je propose un rythme et Juldeh se met à improviser. On ne discute pas beaucoup, et ça, c’est un plus pour moi. La discussion, elle se fait à travers les instruments. » Il ajoute que c’est un procédé très africain avec lequel il se sent à l’aise.
Ce qui frappe quand on écoute Tell No Lies, c’est la proximité musicale de cultures par ailleurs si différentes et la manière admirable avec laquelle elles se complètent. On ne peut pas s’empêcher de remarquer le jeu virtuose de Juldeh Camara, plus que bluffant. Dans ses textes, le griot célèbre la beauté du désert du Sahara ainsi que la culture africaine, tout en pointant des dysfonctionnements politiques et sociaux. Tell No Lies est une révélation musicale en même temps qu’un plaidoyer pour que soient estimées à leur juste valeur l’Afrique, sa population et sa culture, plurielle et fascinante. Les voir en concert, c’est s’inviter à la rencontre de cultures qui s’harmonisent, en faisant un pied de nez aux barrières dressées entre les peuples.
Saïda Ouchaou
Justin Adams et Juldeh Camara, en concert au Folk Festival de Vancouver, vendredi 17 juillet.
Adresse : Jericho Park
Info : thefestival.bc.ca


