Il a fait du mélange des cultures son cheval de bataille. Héros d’un documentaire présenté à Vancouver en juillet, Josh Dolgin, alias Socalled a remis au goût du jour de vieilles musiques yiddish en les associant au hip-hop. Il fait ainsi tomber les barrières entre les générations.
« Si Woody Allen et Lil Wayne engendraient un enfant de l’amour, ce serait Josh Dolgin », a déclaré Lynne Fernie, cinéaste et responsable de la programmation Hot Docs, festival international du documentaire au Canada. Josh Dolgin cache bien son jeu. Dissimulé derrière ses grosses lunettes noires, son visage rond et enfantin lui donne un air d’intello bien sage. Difficile d’imaginer que cet artiste trentenaire a su se faire une place dans l’univers rude et viril du hip-hop.
Et pourtant. Non seulement il s’est fait une place, mais il a aussi apporté un vent de fraîcheur. Son credo ? Marier musique juive klezmer et rythme percutant du hip-hop.
Dans Socalled – Le film présenté à Vancouver le mois dernier, le réalisateur Garry Beitel dresse un portrait décousu de ce rappeur singulier. Tourné sur deux ans et coproduit par l’Office national du film du Canada, le documentaire se présente sous forme de 18 courts métrages tournés en Amérique du Nord et en Europe. Ceux-ci évoquent des sujets disparates qui s’enchaînent parfois de manière déroutante : extraits de son clip vidéo You are Never Alone, témoignage de ses parents sur son enfance, récit de sa collaboration avec Fred Wesley – ancien tromboniste de James Brown – ou encore évocation de son homosexualité… Socalled se met à nu. « J’ai essayé d’être honnête, explique Josh. En tant qu’artiste, mon histoire personnelle fait partie de mes créations. »
Touche-à-tout
Né à Ottawa, à la fin des années 1970, Josh a grandi au Québec dans la ville de Chelsea. Poussé à faire du piano dès son plus jeune âge, il a fait ses premières armes en s’initiant à la musique classique. « J’ai ensuite pris des cours de jazz, ce qui m’a permis de jouer sans partition et ainsi de m’exprimer plus librement. » Plus tard, Josh rejoint plusieurs groupes de musique en tant que pianiste et accordéoniste. L’adolescent touche à tout : salsa, rock ou encore gospel. Étudiant en littérature à l’université McGill, il découvre l’échantillonnage [ou sampling en anglais] grâce à un ami guitariste. Cette pratique consiste à fusionner plusieurs musiques pour créer une seule mélodie. C’est le déclic. Féru de hip-hop et inspiré par des artistes comme Dr Dre, il décide de créer ses propres musiques et commence à collaborer avec des rappeurs. « J’étais constamment à la recherche de nouveaux sons dans la collection de disques de mes parents ou dans les vide-greniers. » En chinant dans une brocante, il déniche un vinyle d’Aaron Lebedeff, chanteur yiddish des années 1930. Bien que lui-même juif, Josh ne connaît pas la musique traditionnelle klezmer. « J’ai été frappé par cette mélodie intense et entraînante. Je voulais que tout le monde puisse avoir la chance de l’entendre. » Cette trouvaille bouleverse son parcours artistique et l’amène à inventer un nouveau genre musical baptisé « hip-hop yiddish ». Aujourd’hui, il collectionne environ 5 000 disques de musique traditionnelle et voyage toujours avec son « échantillonneur », petit instrument rectangulaire qui lui permet de concocter ses musiques. Dans ses compositions, le rap et les chants lyriques se mêlent tandis que percussions et accordéon forment un mélange étonnant. Après le succès de ses trois premiers albums, le rappeur prépare désormais son nouvel opus en collaboration avec un grand nombre d’artistes. Parmi eux : Enrico Macias. « Après avoir écouté mes compositions, il m’a contacté pour me proposer de collaborer à son prochain album. Le mélange des genres promet d’être surprenant. »
Dans le documentaire qui lui est dédié, Socalled plaisante en se présentant comme le « Ghandi du hip-hop ». Un clin d’œil pour montrer que même s’il utilise des musiques juives traditionnelles, aucune revendication religieuse ne se cache derrière ses créations. « Ce n’est pas de la politique, ce n’est pas de la religion, c’est simplement de la musique. Je souhaite rassembler un public issu de cultures différentes. » ■
Romain Desgrand


