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Samedi 4 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

À cœur ouvert

À cœur ouvert

Venue à Vancouver dans le cadre du Festival francophone de Vancouver, qui a eu lieu du 17 au 24 juin dernier, la chanteuse Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, s’est confiée à L’Express du Pacifique. L’occasion de comprendre le succès fulgurant des mélodies populaires de cette Québécoise nostalgique et romantique. Rencontre.

Au premier abord, Béatrice Martin semble une jeune femme remplie de nostalgie. Quand elle arrive enfin sur les lieux de l’un de ses concerts, sa démarche est nonchalante et son regard perdu. Ses yeux noisette délicatement surlignés de noir dégagent une profonde tristesse. Une expression d’ennui assombrit son visage au teint lisse et parfait. Cette première impression s’évapore rapidement.

En réalité, Béatrice est une fille sympa, « cool » en anglais, un mot qu’elle emploie toutes les deux phrases. Les sourires qu’elle finit par offrir sans compter font rapidement oublier ses 50 minutes de retard. Il faut dire que la chanteuse a un emploi du temps de ministre. À l’aube de ses 21 ans, elle enchaîne les concerts, les voyages entre Paris et Montréal, et prépare son deuxième disque. « Je prends ce qui m’arrive avec beaucoup de détachement, assure-t-elle. Je tiens à vivre ma vie comme avant. J’ai les mêmes amis. Je n’ai pas changé d’attitude. C’est vrai que ce n’est pas facile de voyager constamment. Mais ça m’a fait grandir. »

Assise, les jambes croisées et le coude posé sur le dossier de sa chaise, elle ajuste par intermittence sa chevelure d’une blondeur enfantine. Sa veste noire cintrée habille sa petite silhouette fine et élégante et épouse parfaitement le style baroque et romantique qu’elle s’est donné au fil de ses tubes. « Je dessine moi-même mes vêtements. Du reste, j’économise pour m’offrir des études de mode par la suite. » Une information surprenante au regard de son succès grandissant. La fulgurance de son parcours musical pourrait-elle lui faire changer ses plans, somme toute assez communs ? Nul ne le sait…  Sur son avant-bras, on devine l’un des nombreux tatouages qui colorent sa peau. « J’en ai un pour chaque personne que j’aime », explique-t-elle. Aujourd’hui, elle ne peut plus les compter.

Passions déçues

Initiée au piano à l’âge de 3 ans par sa mère musicienne, Béatrice mène depuis toujours une vie rythmée par la musique. À 9 ans elle rentre au conservatoire, plaque tout durant sa crise d’adolescence, pour renouer plus tard. « Des mélodies trottaient dans ma tête. Je me suis naturellement remise à jouer du piano. » Sa vie bascule en 2008. Poussée par sa sœur à mettre ses chansons en ligne sur Internet, elle se fait rapidement repérer par une maison de disques : « On m’a contactée pour savoir si j’avais une “démo”. J’ai menti en disant oui. J’ai dû écrire plusieurs chansons en deux semaines. »

L’histoire raconte que la mélodie de Comme des enfants, son premier succès, lui est venue sous la douche. « Je suis sortie, j’ai couru à mon piano. Ce fut très impulsif. On dit souvent que les meilleures chansons sont celles que l’on compose en 30 minutes. » Ce fut le cas… Ce morceau fétiche lui a valu, en mars dernier, trois Victoires de la musique en France : celles récompensant l’auteur, le compositeur et l’interprète de l’année.

Ainsi est née Cœur de pirate. Un pseudonyme qu’elle a choisi pour son côté « romantique et vengeur ». « Je parle beaucoup de revanche personnelle. Une rupture douloureuse m’a particulièrement inspirée. C’était mon premier amour passionnel. » Faire de ses déchirements des notes de musique, telle a été sa planche de salut. Une manière d’extérioriser les démons qui l’habitent. « Écrire une chanson, c’est un acte égoïste. Pour rien au monde je ne laisserais une autre personne écrire mes textes. »

Son premier album, sorti en 2008 au Canada, remporte rapidement le succès du public. Quelques mois plus tard, Cœur de pirate part à l’abordage de la France. Elle enregistre une nouvelle version de son titre Pour un infidèle avec Julien Doré, dans lequel elle fredonne innocemment ses sentiments pour son amoureux frivole. « À la première écoute, mes textes peuvent paraître naïfs et enfantins. En fait, ils sont pleins d’ironie ». De fait, entre les lignes, la profondeur transpire. Son deuxième album devrait sortir fin 2011. « Je parle toujours d’amour, promet-elle. Mais mon âme vengeresse a laissé place à la mélancolie. » ■


Romain Desgrand

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